26 millions de tests ADN vendus en cinq ans, et le respect de la vie privée ?



Les kits ADN en vente libre, interdits en France, enregistrent une croissance exponentielle, malgré leurs « lourdes conséquences sur la vie privée ». Le principe est très simple, pour un prix de base à partir de 59 €, vous recevez un kit à domicile, vous crachez dans un petit tube à renvoyer et vous recevez les résultats par la poste. L’entreprise, elle, se constitue une base de données qui lui permet de fournir de plus en plus d’informations et de connexions entre les clients.

 

Plus de 26 millions de tests auraient déjà été vendus depuis 2013, dont la moitié rien qu’en 2018, une « année record ». Il faut dire que les deux leaders du secteur, AncestryDNA et 23andMe, ont littéralement matraqué les populations par le biais d’un « marketing massif en ligne et à la télé ». Parmi les slogans : « Découvrez ce que votre ADN dit de vous », « Retrouvez l’histoire de vos ancêtres et de leurs migrations à travers le monde », « Reconnectez-vous avez des membres de votre famille ». A ce rythme, d’ici deux ans les utilisateurs devraient dépasser la barre des 100 millions de personnes, selon le MIT.

 

Ces bases de données sont devenues tellement importantes qu’ « il est désormais possible de retracer les relations entre presque tous les Américains, y compris ceux qui n’ont jamais acheté de test ». Les risques pour la vie privée concernent désormais l’ensemble de la population et non plus les seuls clients. Par exemple, Joseph James De Angelo, tueur en série, vient d’être démasqué par le FBI, trente ans après ses derniers meurtres, parce que l’analyse de son génome sur l’une des scènes de crime a révélé le nom de l’un de ses cousins au troisième degré, présent dans la base génétique de GEDMatch. Par ailleurs Family Tree DNA vient d’autoriser le FBI à « télécharger l’ADN récupéré sur des cadavres et des tâches de sang et à naviguer dans la base de données comme n’importe quel client, en regardant les noms et les relations entre les utilisateurs ».

 

Yaniv Erlich, responsable scientifique de MyHeritage, entreprise basée en Israël, avertit : « même si les décideurs et le grand public peuvent être en faveur de l’amélioration des outils médico-légaux pour résoudre les crimes, ils reposent sur des bases de données ouvertes à tout le monde. Par conséquent, la même technique pourrait être utilisée de façon abusive dans des buts néfastes ».

 

Les conséquences pour le respect de la vie privée de chacun vont donc bien plus loin que ce que ces entreprises laissent entendre, et le prix à payer, finalement bien plus élevé que les 59 € initialement déboursés.


Sources: 

Usbek & Rica, Annabelle Laurent (13/02/2019) - Plus de 26 millions de personnes ont déjà fait un test ADN en vente libre

MIT, Antonio Regalado (11/02/2019) - More than 26 million people have taken an at-home ancestry test

Photo : Pixabay/DR