+ 3,5% d'organes greffés en France en 2017


L’Agence de la biomédecine a publié le 22 mars, les chiffres du don d’organes. En 2017, en France 6015 greffes ont été pratiquées, soit plus de 3 ,5% par rapport à 2016. Plus de 60% d’entre elles concernent le rein et 23% le foie. Les autres organes concernés sont le cœur, les poumons, le pancréas et les intestins.

 

Les donneurs vivants, objectif prioritaire de développement de la greffe rénale, sont à l’origine de 611 greffes de rein et 18 greffes de foie. Ces dernières sont limitées compte tenu de « risques potentiels liés au prélèvement d’un lobe de foie » chez un donneur adulte (cf. Les transplantations rénales à partir de donneurs vivants en augmentation ).

 

Avec 234 greffes d’organes réalisées « à partir de donneurs décédés dans le cadre d’une limitation ou d’un arrêt des thérapeutiques » (Masstricht III), les greffes associées à cette procédure inaugurée en France en 2014 ont été multipliées par 2 entre 2016 et 2017. 20 hôpitaux sont désormais autorisés à réaliser des prélèvements de ce types, soit 2 fois plus qu’en 2016.

 

Les prélèvements les plus courants sont réalisés sur des sujets en état de mort encéphalique. Ils représentaient 1796 donneurs en 2017, un chiffre constant par rapport à l’année précédente.

 

La croissance du nombre de greffes se fait à partir de donneurs vivants et du développement des prélèvements type Maastricht III.

 

Aujourd’hui en France : 23 828 patients sont en attente de greffes.

 

Des interrogations éthiques constantes

 

L’Agence de la biomédecine, qui multiplie les campagnes publicitaires pour stimuler le don d’organes auprès de cibles jeunes et adultes, rappelle que l’objectif fixé au terme du plan greffe « qui court jusqu’en 2021 », « est d’atteindre les 7800 greffes d’organes » dont 1000 à partir de donneurs vivants et semble avancer à marche forcée (cf. Don d'organes : Des objectifs toujours à la hausse). Ce qui interroge car la greffe, si elle peut sauver la vie d’un patient, a des conséquences tant sur la santé du receveur, soumis aux traitements immunosuppresseurs, que sur celle du donneur, contraint à une intervention qui ne lui est pas nécessaire, mais qui le contraint en retour à un suivi médical régulier. La pratique de prélèvement d’organes dite « Maastricht II » reste, quant à elle, éthiquement sujette à caution (cf. Don d'organes : Des objectifs toujours à la hausse, Le protocole Maastricht III en France: retour vers une "technicisation de la mort" et L’Agence de la biomédecine fait un premier bilan du protocole de don d’organes « Maastricht III »).

 

Par ailleurs, si la mise en place du consentement présumé au don d’organes ne semble pas pour l’heure avoir conduit à une augmentation des donneurs, elle soulève des questions quant au consentement de la personne au prélèvement, un principe éthique de base, qui implique un engagement volontaire pour éviter une sorte de « nationalisation » du corps de personnes décédés (cf. Chantal Delsol : Du don d’organes à l’« assignation d’organes », Sylviane Agacinski : don d'organes, « laisser le corps en dehors du marché »  et Sylviane Agacinski : Face aux enjeux bioéthiques, « le droit ne peut pas perdre sa mission civilisatrice »).

 

Pour aller plus loin :

De la mort au don d’organes

De l'euthanasie pour le don d'organes : Qui arrêtera la machine qui s'est emballée ?

Le "dilemne éthique assumé" du don d'organes sur donneurs décédés après arrêt des thérapeutiques actives