Androcur, utilisé comme contraceptif, provoque des tumeurs au cerveau mais continue d'être autorisé



Bien que l’Androcur provoque des tumeurs au cerveau, il ne sera pas retiré du marché. Ce  progestatif, bloqueur de testostérone, est normalement prescrit aux hommes pour les cancers de la prostate - il en limite la croissance des cellules - ou en cas de « déviances sexuelles (castration chimique pour pédophilie et/ou viols à répétition) », explique le Dr Jean-Michel Race, endocrinologue de l'ANSM[1]. Aux femmes, il ne devrait être prescrit que pour les problèmes de pilosité excessive, mais il a en réalité été largement prescrit comme contraceptif, ainsi qu’en traitement de l’endométriose et de l’acné.

 

Commercialisé depuis les années 1980 par les laboratoires Bayer, il a été prescrit à plus de 400.000 femmes entre 2006 et 2014. Un nombre qui confirme une « très large utilisation hors AMM », d’après l’Assurance maladie, qui n’est pas justifiée, rappelle le Dr Isabelle Yoldjian, de l’ANSM.

 

Le risque de développer un méningiome - tumeur intracrânienne - est multiplié par 7 au-delà de 6 mois d’utilisation, dès 25mg par jour, par 20 au bout de 5 ans à 50 mg par jour, ou au bout de 10 ans à 25 mg par jour. Il peut même être 30 fois plus fréquent en cas de prise prolongée.

 

Au moins 500 cas français de méningiomes ayant nécessité une opération sont attribuables à l’Androcur. « Avec 1,6% de décès… et près de 30% souffrent d’épilepsie… Des situations terribles alors que leurs troubles auraient pu être traités autrement… ». Le risque était connu « de longue date », et figure même sur la notice d’utilisation depuis 2011. Certaines ont pourtant continué leur traitement même après avoir été opérées « car ni leur neurochirurgien ni leur médecin n’avait fait le lien avec l’Androcur ». Ces tumeurs peuvent « occasionner de graves séquelles comme des troubles de la mémoire, de l’épilepsie ou une perte du goût et de l’odorat ».

 

L’Assurance Maladie continue d’autoriser le médicament, tout en informant des risques :

  • Tout patient débutant un traitement devra passer une IRM avant la première prise, puis la renouveler tous les deux ans.
  • Une fiche d’information alertant des risques de méningiomes devra être remise par le prescripteur.
  • Pour toute délivrance ou renouvellement, les pharmacies devront exiger la présentation d'une attestation d'information signée par le patient et son médecin prescripteur, datée de moins d’un an.
  • Le bien-fondé de la prescription devra être réévalué chaque année par le médecin.
  • Tous les patients ayant pris de l’Androcur depuis moins de deux ans vont recevoir un courrier informatif de la Sécurité Sociale. Les médecins sont invités à contacter eux-mêmes leurs patients antérieurs.
  • Les patients traités par le passé sont invités à consulter un médecin afin que celui-ci leur prescrive une IRM.

 

Pour aller plus loin :

Contraception et tumeurs au cerveau : le médicament ne sera pas retiré du marché

 


[1] Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé.

 

 


Sources: 

Le Figaro (13/06/2019) - Face au risque de tumeur cérébrale, vigilance renforcée sur l’Androcur

Le Généraliste, Nicolas Evrard (13/06/2019) - De nouvelles règles très strictes encadrent la prescription d'Androcur

Pourquoi docteur, Charlotte Arce (14/06/2019) - Androcur : les nouveaux patients devront être informés du risque de tumeur au cerveau

Allo Docteurs (13/06/2019) - Androcur : la sécu veut alerter le plus grand nombre de patients d'un risque de méningiome