Audition à l'Assemblée nationale sur les DPN – DPI : la traque aux malformations de l'embryon


La mission d’information relative à la bioéthique a tenu jeudi matin une table ronde sur le diagnostic prénatal (DPN) et le diagnostic préimplantatoire (DPI).

 

Le professeur Nelly Achour Frydman, responsable de l’UFR biologie de la reproduction à l’hôpital Antoine Béclère de Clamart, le professeur Samir Hamamah, chef du département biologie de la reproduction et DPI au CHU de Montpellier et le professeur M. Jean-Paul Bonnefont, Professeur de génétique à l’Université Paris Descartes IHU IMAGINE (UMR1163) et médecin praticien hospitalier, directeur de la Fédération de génétique médicale, étaient auditionnés.

 

Réserve sur une nouvelle définition de diagnostic prénatal

 

Le professeur Bonnefont a émis une réserve à la préconisation du comité consultatif national d’éthique (CCNE) de redéfinir le diagnostic prénatal. En effet aujourd’hui le diagnostic prénatal « s'entend des pratiques médicales, y compris l'échographie obstétricale et fœtale, ayant pour but de détecter in utero chez l'embryon ou le fœtus une affection d'une particulière gravité  (article L2131-1 du code de la santé publique) ». Le CCNE propose notamment de supprimer la notion de « particulière gravité ».

 

Le professeur Bonnefont alerte : « La disparition de la notion de gravité a deux risques : risque de demandes infondées de diagnostic prénatal pour des malformations mineures et risque de judiciarisation en cas de non détection de malformations indétectables ».

 

Débat sur l’élargissement du DPI aux anomalies chromosomiques

 

Les professeurs Nelly Achour Frydman et Samir Hamamah argumentent sur l’élargissement du DPI aux anomalies chromosomiques (recherche d’aneuploïdies – nombre des chromosomes) en se fondant sur « la souffrance des couples ».

 

Nelly Achour Frydman argue d’une forme de maltraitance faite aux couples qui sont « incités à recourir au DPN puis à une interruption de grossesse » plutôt qu’à un DPI. Elle fonde son propos sur le fait qu’en 2017, il existe 5 centres de DPI en France contre 49 centres de DPN (appelés CPDPN). Pour elle, cette « offre de soins » est déséquilibrée, et in fine, traumatisante pour les couples qui subiront une IMG.

 

Alors que sa demande d’élargissement du DPI aux anomalies chromosomiques est exprimée comme une nécessité qui améliorera considérablement les taux de grossesse par fécondation in vitro, le professeur Frydman explique, en fin d’audition, que le diagnostic prénatal de la trisomie 21 suivi d’une interruption de grossesse dans le cadre d’un processus de procréation médicalement assistée avec DPI représente un cas par an.

 

Le professeur Bonnefont mesure les propos de ses collègues sur le sujet et soulève les risque d’élargissement du DPI aux anomalies chromosomiques :

  • l’augmentation du nombre de grossesses après recherche d’aneuploïdies n’a jamais été démontrée,
  • le risque d’éliminer des embryons potentiellement sains est réel car il peut y avoir des corrections d’anomalies chromosomiques au cours de développement précoce chez l’embryon,
  • il souligne l’existence de faux positifs (diagnostic de trisomie 21 par exemple alors que l’embryon n’est pas atteint en réalité).              

Enfin, l’enjeu financier est considérable, explique Jean-Paul Bonnefont : « Rajouter un test chromosomique au DPI ça va coûter cher à la société, et il y a là des enjeux énormes pour les laboratoires privés ». Il demande aux députés « de ne pas se laisser intoxiquer par les professionnels ayant des intérêts plus financiers que médicaux ».

 

Un discours eugéniste sans prise de recul

 

Les professeurs Frydman et Hamamah se défendent d’un « eugénisme organisé » et demandent « une loi bioéthique humaine et pas juridico-technique ». Ils sont appuyés par Jean-Louis Touraine, rapporteur de la mission d’information, qui prône la « prophylaxie de maladies » par le DPN et le DPI. Pourtant, dans tous les discours des auditionnés, l’équation trisomie 21 = interruption de grossesse semble évident. « Aujourd’hui ça n’a pas de sens de rechercher une maladie grave et qu’à la fin l’enfant soit trisomique 21, on sera alors obligé de proposer une interruption de grossesse ». Avec ce présupposé, on comprend sans difficulté la logique eugéniste, l’objectif étant l’enfant sans handicap.