Augmenter les dons d'organes : Les projets de l'ABM


A l’occasion de la 27ème journée du prélèvement d’organes, Anne Courrèges, directrice générale de l’Agence de Biomédecine, a présenté quelques projets de l’Agence en matière de don d’organes, sujet qu’elle reconnait « controversé, compliqué, difficile », mais qu’elle traite avec des chiffres sans soulever les questions éthiques.  

 

L’objectif de l’Agence est d’« améliorer l’accès à la greffe », dans le cadre du plan greffe 2012-2016. Pour atteindre cet objectif, la seule solution évoquée est d’« augmenter les dons ». En 2014, le nombre de greffe a progressé de 4,9%, ce qui représente « un très bon cru » et l’objectif de 5700 greffes fixé pour 2016 semble « à portée de main ». Cependant cette augmentation ne satisfait pas pleinement l’Agence, car elle est en grande partie due à l’augmentation des donneurs vivants. « Donneurs vivants et décédés sont des stratégies complémentaires et non concurrentes » rappelle Anne Courrèges, qui souhaite « diversifier les sources de donneurs décédés ».

 

Elle rappelle que l’Agence porte une attention particulière à la catégorie « Maastricht 3 »[1]. Lancée dans un « contexte très défavorable » à cause de « l’interférence avec le sujet fin de vie », la mise en place du protocole Maastricht 3 doit être « lente, mûrie, réfléchie », et « partagée avec tous les français », pour « créer de la sérénité, du consensus, une meilleure acceptabilité ».

 

Une « longue construction » qu’elle évoque en quelques dates : l’avis positif du CCNE en 2009, puis de l’ABM et des instances parlementaires, l’autorisation d’un premier CHU en décembre 2014, suivie finalement d’assez près de deux autres autorisations (Nantes, La Pitié - Paris). Elle annonce l’entrée dans le protocole d’un autre hôpital « dans deux semaines » et d’un cinquième « d’ici la fin de l’année » qui clôturera la phase pilote. Le « développement à plus grande échelle » se fera après «l’évaluation de fin d’année ».

 

Depuis le lancement, c'est-à-dire en quelques mois, Maastricht 3 a permis de réaliser 25 greffes, et l’ABM souhaite encourager cette « montée en puissance », tout en restant fidèle à ses maitres mots : « transparence, rigueur, progressivité ». Elle n’évoque cependant pas les questions éthiques (cf. Gènéthique du 1er février 2013) posées par cette catégorie de donneurs : l’objectif affiché est « d’augmenter les dons », sous le seul motif de l’utilité des greffes d’organes.

 

La seconde piste de travail de l’ABM réside dans la « communication vers le grand public ». Les débats autour du projet de loi santé (cf. Gènéthique du 31 aout 2015) ont mis en lumière  le manque d’informations des Français sur la loi, et la nécessité d’une communication « tournée vers le détail de la loi, et vers tous les publics ». A l’occasion de la journée du don d’organes (cf. Gènéthique du 22 juin 2015), l’Agence a lancé une campagne qui cible les jeunes, à l’aide d’une « vidéo burlesque » diffusée sur les réseaux sociaux. Vues plus de 3 millions de fois avant l’été, cette vidéo a été « un succès » qui a « surpris » l’Agence. Reste à évaluer l’efficacité de cette campagne. Une campagne tout public est prévue pour juin 2016.

 

[1] Les donneurs potentiels sont classés en quatre catégories. « Maastricht 3 » correspond au don d'organes sur « donneurs décédés après arrêt des thérapeutique actives », aussi appelé « don d'organes sur donneur décédé après arrêt circulatoire contrôlé », ou DDAC III. (cf. Gènéthique du 3 juin 2015).