Avis n°129 du CCNE : Mgr Aupetit réagit



 

« La vraie question est : qu’est-ce que la dignité de l’homme ? ». Monseigneur Aupetit, Archevêque de Paris, a accueilli « sans surprise » l’avis du Conseil consultatif national d’éthique (cf. Avis du Comité consultatif National d'Ethique : vers quels abîmes ?). Ce Conseil avait été voulu « comme un comité de Sages qui puisse s’exprimer de manière indépendante. J’avoue très honnêtement que je ne sens plus cela aujourd’hui. Le résultat était quand même assez attendu, ce qui est d’ailleurs un peu inquiétant. On se demande pourquoi on a fait des Etats Généraux puisqu’ils n’ont aucun impact sur la décision finale », explique-t-il.

 

Interrogé à propos de la PMA pour les couples de femmes et les femmes célibataires, il questionne à son tour : « Est-il pensable que l’on puisse considérer qu’un enfant n’a pas besoin de père ? » « En libéralisant la PMA, nous sommes en train de créer des souffrances futures ». Quand on lui demande s’il pense que la « PMA pour toutes » ne conduira pas à la GPA, il rétorque : « Je n’y crois pas une seconde (…) Au nom de quoi refuserait-on aujourd’hui la GPA ? »  et il demande si « on prend la mesure de ce que les enfants qui sont dans cette situation vont avoir à vivre ? Comment vont-ils accepter d’avoir fait l’objet d’une certaine marchandisation ? » (cf. GPA : « On ne peut pas remplacer une souffrance d’adulte par une souffrance d’enfant »).

 

Un autre domaine lui semble particulièrement sensible c’est celui de l’embryon (cf. Recherche sur l’embryon, GPA, les professionnels auditionnés pour la loi bioéthique demandent l’élargissement des libertés ). « La recherche s’ouvre de plus en plus. Aujourd’hui, dans la législation, vous n’avez rien. Il n’y a pas de statut juridique de l’embryon humain. Ce vide autorise des expériences et fait de lui un cobaye. Puisqu’on utilise de moins en moins les animaux, on va utiliser les embryons humains. Alors, est-ce que la larve de scarabée doré sera plus protégée que l’embryon humain ? ». L’archevêque de Paris estime que « la recherche ne justifie pas tout. Elle a un but et si le but est souvent bon, le moyen employé ne l’est pas toujours. Le diagnostic prénatal, par exemple, est une bonne chose mais lorsqu’on l’utilise pour éliminer l’enfant parce qu’il est porteur d’une tare quelconque, là c’est une question éthique ». Aussi il déplore que  « ceux qui sont sans-voix demeurent sans-voix. (…) L’embryon n’est pas protégé par la loi ; il n’a pas même droit à la parole ». Il ajoute : « Au lieu de protéger le plus faible, ce qui est sa mission normalement, le droit se met aujourd’hui au service de la volonté du plus fort. Nous avons tous été un embryon à un moment donné. Nous étions totalement dépendants de la volonté de nos parents. Mais une chose est de dépendre de nos parents, qui nous ont accueillis avec amour, et une autre d’être à la merci d’une volonté coercitive ».

 

Sur les questions de fin de vie, Mgr Aupetit considèrent que « faire une loi qui va dire ce que l’on peut faire ou ne pas faire, c’est extrêmement compliqué en matière de fin de vie. L’important, c’est que la personne puisse vivre ces moments qui sont d’une intensité extraordinaire. Si on supprime ces instants d’intimité entre un parent qui s’en va et ceux qui restent, il y a quelque chose de volé. Il faut généraliser les soins palliatifs et permettre aux proches d’y participer, en accompagnant leur tendresse d’un geste concret ».

 

Pour l’archevêque enfin, « la liberté de conscience est le droit le plus fondamental de toute société.(…) La liberté de conscience est le droit le plus fondamental de toute société » (cf. La clause de conscience des pharmaciens est un droit de l’homme ). Il met en garde : « Ce droit doit être absolument préservé, je peux vous dire que les médecins vont réagir durement si on y touche ». Alors que Laurence Rossignol a déclaré vouloir déposer une proposition de loi pour la supprimer (cf. Laurence Rossignol souhaite supprimer la clause de conscience pour l’IVG ), il  estime que « cela signifie qu’on entre dans une forme de dictature qui dit : ‘Vous n’avez pas le droit de penser, votre conscience doit être éteinte’ ». Lui-même, alors qu’il était médecin a utilisé ce droit : « J’ai expliqué à la patiente : ‘Moi, en conscience, je ne peux pas’. Le médecin est libre, c’est capital. Cela s’appelle la relation médecin-malade. Sinon, c’est une prestation de service ». Il regrette : « Autrefois, le médecin et son patient entretenaient une vraie relation, avec la possibilité pour le premier de refuser de soigner (sauf urgence) et pour le second de changer de médecin. Aujourd’hui, la relation a disparu. Seul demeure un désir individuel auquel le médecin doit se soumettre ».

 


Sources: 

le Parisien, Christine Mateus et Vincent Mongaillard (29/09/2018) - PMA, GPA, fin de vie… Mgr Aupetit appelle «les catholiques à se mobiliser»

Famille Chrétienne, Antoine Pasquier et Samuel Pruvot ( 28/09/2018) - Mgr Michel Aupetit : « En libéralisant la PMA, nous créons des souffrances futures »