« Bébés médicaments » ou l’extension du diagnostic préimplantatoire


Le diagnostic préimplantatoire (DPI) ou diagnostic biologique effectué à partir de cellules prélevées sur l’embryon in vitro, n’est autorisé en France qu’à titre exceptionnel. Il est réservé aux couples qui ont une forte « probabilité de donner naissance à un enfant atteint d’une maladie génétique d’une particulière gravité reconnue comme incurable au moment du diagnostic » (art .L.2131-4 du code de la santé publique). En pratique, ce type de diagnostic permet de sélectionner les embryons conçus in vitro pour n’implanter que des embryons indemnes. Le diagnostic, même s’il est contestable du fait qu’il conduit à l’élimination des embryons atteints de cette maladie incurable, est sensé être réalisé dans l’intérêt de l’enfant.

 

Peut-on pratiquer ce diagnostic dans l’intérêt d’un tiers ? Telle est la question posée par la conception de « bébé médicament ». Il s’agit alors de mettre au monde un enfant, dont le système immunitaire est compatible avec celui d’un frère ou d’une sœur malade, afin de prélever sur lui les tissus ou cellules nécessaires pour guérir l’aîné. Dans un avis rendu le 4 juillet 2002, le Comité consultatif national d’éthique s’était montré réservé, soulignant que «  le problème essentiel est celui de la réalité du projet parental et donc du risque d’instrumentalisation de l’enfant ». La réponse de principe est donc défavorable à une extension du DPI « si l’embryon est conçu seulement comme un donneur potentiel, et non d’abord pour lui-même ». En revanche, « permettre qu’un enfant désiré représente, de plus, un espoir de guérison pour son aîné, est un objectif acceptable, s’il est second ». La frontière semble bien floue et comment un critère aussi subjectif pourrait-il  servir de fondement à une règle juridique si l’on envisageait une modification de la loi ?

 

Vers un élargissement des indications du diagnostic préimplantatoire ? Cette question pourrait bien être abordée lors de l’examen prochain du projet de révision des lois de bioéthique. Alain Claeys, délégué national à la santé du parti socialiste, vient d’annoncer qu’il déposera un amendement élargissant les conditions du diagnostic préimplantatoire, afin de permettre la conception de « bébés médicaments ». Quelles pourraient en être les conséquences ? La fécondation in vitro ne doit pas devenir un outil thérapeutique et le risque serait de voir certains parents concevoir un  enfant dans le seul but de trouver un donneur potentiel.

 

A quel prix ? On se souvient qu’Adam, premier « bébé médicament », né aux Etats-Unis en octobre 2000, avait été sélectionné parmi 15 embryons, dont 14 ont été éliminés. Le généticien Axel Kahn souligne les effets désastreux, sur le plan familial et psychologique, que pourraient entraîner de telles manipulations.