Bibliographie de la bioéthique

Bébés à la carte

Jean-François Bouvet PMA-GPA
Equateurs/Sciences : http://editionsdesequateurs.fr/enLibrairie/oo/BebesALaCarte
Mars 2019
168 pages
Agrégé en sciences naturelles et docteur d’Etat ès sciences (neurobiologie), Jean-François Bouvet fait une analyse décapante des conséquences de la FIV (Fécondation In Vitro). Croisée avec les révolutions technologiques que sont le séquençage du génome humain et les « ciseaux moléculaires » ou CRISPR/Cas9, la FIV entraîne la sélection des individus et la modification de leur patrimoine génétique. C’est le Big Bang de la procréation ! Sans la FIV, l’utérus artificiel est peu envisageable, pas de GPA avec mère porteuse et « parents intentionnels » de sexe différent ou de même sexe, pas, en France, l’équivalent de la population de Rennes en embryons congelés, pas de vitrification d’ovocytes qui met sur « pause » l’horloge biologique féminine…   Côté PMA (Procréation Médicalement Assistée), aujourd’hui, on peut choisir son donneur de sperme (ou sa donneuse d’ovocytes) sur un site web, commander d’un clic avec paiement en ligne et recevoir le sperme congelé dans une boite isotherme, livré par DHL prêt à l’emploi ! C’est un marché mondial très concurrentiel et très lucratif. Où les femmes sont des « clientes », non des « patientes » ! En France, le don de gamètes est anonyme et gratuit.   On est sur la pente glissante : la FIV entraîne le DPI (Diagnostic Pré Implantatoire), que l'auteur semble justifier pour mieux souligner son caractère délétère, puis la sélection des meilleurs embryons à transférer dans l’utérus de la future mère. On peut aussi concevoir par FIV des « bébés médicaments », donneurs sains et compatibles pour leurs frères ou sœurs malades. Pour certains chercheurs, notamment en Chine, l’avenir est dans le tri précoce des embryons, pour ne garder que les plus performants. « Le meilleur des mondes » d’Aldous Huxley, pour eux, c’est « le monde des meilleurs » ! Et malgré la Convention européenne d’Oviedo (4 avril 1997), qui définit les limites à ne pas franchir en matière de modification du génome humain, un usage incontrôlé des manipulations génétiques est déjà en cours. Grâce aux « cellules souches pluripotentes » (cellules IPS), deux femmes auraient la possibilité de faire un bébé toutes seules, sans le sperme d’un homme, mais ce ne pourrait être qu’une fille ! Et les hommes pourraient être un jour à l’origine, non seulement de spermatozoïdes, mais aussi d’ovocytes !   Quant à la GPA (Gestation Pour Autrui), c’est un business prospère à part entière, qui exploite souvent les femmes les plus démunies, et va du low cost au premium ! La GPA peut porter à cinq les partenaires impliqués : donneuse d’ovocytes, donneur de sperme, gestatrice et couple d’intention - soit cinq « parents » différents pour un seul enfant !-… et même six, avec la fourniture, par une femme, autre que les géniteurs, de mitochondries ! C’est la dernière étape de la dissociation entre sexualité et reproduction, commencée avec la pilule contraceptive. Où la rupture du lien biologique entre mère et enfant a des conséquences durables. Et où on assiste à une marchandisation de l’enfant. Or « personne n’a droit à un enfant » ! La GPA est encore interdite en France, mais jusqu’à quand ? Quant à l’utérus artificiel, il ne relève plus entièrement de la science-fiction. Et la liberté qu’il serait censé procurer viserait à la disparition de la différence des sexes.   « En matière de reproduction humaine, ce qui est techniquement possible est en passe d’être réalisé » ! Tel le clonage potentiel d’humains. Il y a mondialisation des compétences sans universalité des valeurs ! L’artificialisation de la reproduction humaine est en marche. L’eugénisme se précise de plus en plus. Et en fait de « meilleur des mondes », c’est le pire des mondes qui se prépare.

L’Ame désarmée

Les belles lettres : https://www.lesbelleslettres.com/contributeur/allan-bloom
Février 2019
504 pages
« L’Ame désarmée », œuvre majeure de l’auteur américain Allan Bloom vient d’être rééditée aux Belles Lettres.   Ce professeur à l’université de Chicago était un visionnaire. En montrant la crise de la culture générale, il dénonçait, il y a trente ans et de manière puissante le relativisme ambiant. Son œuvre est magistrale, Alan Bloom a tout compris et met sa grande érudition au service du lecteur.   Dans un essai profond, il analyse le recul de la culture générale et s’inquiète de son déclin au bénéfice des « problèmes de société » ; des revendications séparatistes des « minorités » raciales ou sexuelles ; de la baisse du niveau scolaire au nom de la lutte contre les inégalités ; de la domination du relativisme au détriment de la recherche de la vérité ; ou encore des sciences humaines qui singent les sciences « dures ».   « Le rationalisme occidental a abouti à un rejet de la raison. Le relativisme parvient à détruire les prétentions universelles de l'Occident […]. Privé de ce besoin de vérité, l'Occident s'effondrera ».   Pour Bloom, il n’est d’autre remède à ce nihilisme que « l’ouverture de l’âme à la recherche de la vérité ».   Il offre un éclairage sur le relativisme ambiant, celui qui nous a conduit à ne plus savoir ce qu’est l’Homme. Un grand livre à lire pour comprendre les mouvements profonds de la société actuelle.

Les droits de l'homme dénaturé

Grégor Puppinck Tous les autres thèmes
Cerf : https://www.editionsducerf.fr/librairie/livre/18564/les-droits-de-l-homme-denatu...
Décembre 2018
296 pages
Gregor Puppinck, l’un des experts de Généthique, vient de publier, Les droits de l’homme dénaturé. Un essai didactique, précis et talentueux qui analyse la transformation de la conception de l’homme à travers celle de ses droits. L’auteur analyse l’évolution actuelle des droits de l’homme. Il décrit « le passage des droits de l’homme de 1948 aux droits de l’individu des vingt dernières années puis aux droits transhumains actuellement en formation. Cette évolution reflète celle du rapport de l’homme à la nature ». Grégor Puppinck, en juriste averti, aide le lecteur à comprendre comment on en est arrivé à la situation actuelle où les droits de l’homme finissent par accompagner le transhumanisme.   C’est bien la dénaturation de l’homme qu’il dénonce à travers l’évolution des droits de l’homme. « Alors que les droits de l’homme de 1948 reflétaient des droits naturels, l’affirmation de l’individualisme a généré de nouveaux droits antinaturels, tels que le droit à l’euthanasie ou à l’avortement, conduisant à leur tour à l’émergence de droits transhumains qui garantissent aujourd’hui le pouvoir de redéfinir la nature, tels que le droit à l’eugénisme, à l’enfant ou au changement de sexe ». Pas à pas, en analysant le droit et son évolution à la lumière de la philosophie, Gregor Puppinck avance de manière très pédagogique avec le lecteur qui veut croire dans sa conclusion qu’ « il y a quelque chose en l’homme qui résiste en sa dénaturation ».   Grégor Puppinck est docteur en droit et directeur du Centre européen pour le droit et la justice (ECLJ).

Leurre et malheur du transhumanisme

Olivier Rey Transhumanisme
Desclée de Brouwer : https://www.editionsddb.fr/livre/fiche/leurre-et-malheur-du-transhumanisme-97822...
Novembre 2018
196 pages
Si c'est au nom d'un futur toujours meilleur que le monde a été transformé en un chantier permanent, nous sommes arrivés au stade où le rapport entre les bénéfices du développement et ses nuisances s'avère de plus en plus défavorable. La perte de confiance dans le progrès doit alors être compensée par une inflation de ce qu'il est censé apporter : plus le monde va mal et menace de s'écrouler, plus il faut abreuver les populations de promesses exorbitantes.   Tel est le rôle du Transhumanisme - et peu importe que ce qu'il annonce ne soit pas destiné à se réaliser. Lui accorder trop d’importance, c’est se laisser captiver par un leurre. Faudrait-il refuser d’y prêter attention ? Cela n’est pas si simple. Le transhumanisme nous trompe parce qu’il joue en nous sur des ressorts puissants. Se donner une chance de désamorcer la fascination qu’il exerce et le malheur qu’il propage, réclame de mettre au jour ce qui nous rend si vulnérables à ses illusions.   Pour lire l’interview de l’auteur : Olivier Rey : « L’artificialisation de la procréation et le transhumanisme sont en ‘synergie’ »

Le tiers-corps, réflexion sur le don d’organes

Syliane Agacinski Don d'organes
Seuil : http://www.seuil.com/ouvrage/le-tiers-corps-sylviane-agacinski/9782021393590
Novembre 2018
220 pages
« On parle de « pénurie d’organes » comme de pénurie d’essence ».   Dans son dernier livre Tiers-corps, Sylviane Agacinski, philosophe et épouse de Lionel Jospin, veut réveiller les consciences. Elle offre à son lecteur une réflexion à la fois philosophique et juridique sur le don d’organes. Le corps humain peut-il être considéré comme un bien marchand ? Peut-il s’acquérir ? Ou doit-il être considéré comme un bien « à part » du fait de sa spécificité ? L’ouverture d’un marché légal de greffes d’organes est-elle une solution « pour augmenter le nombre d’organes disponibles ? »... Cette dernière question interpelle. Si un tel marché n’a pas toujours été interdit en France (ventes de dents au XVIIIe siècle, ventes de sang jusque dans les années 1950), son principe a régulièrement été remis en cause - par les philosophes notamment - jusqu’à la consécration de la « dignité et de la valeur de la personne humaine » et du « respect dû au corps humain » (DUDH, article 16 du Code civil). « Dès lors que le corps des êtres humains est traité comme un bien marchand, le biomarché repose toujours sur les inégalités économiques entre les acteurs », observe-t-elle. Le scandale des trafics d’organes en Chine, aux Philippines ou encore en Inde en sont malheureusement la preuve. Par ailleurs, en France, le consentement au don n’est plus requis depuis la loi de modernisation de notre système de santé, adopté en 2016 : toute personne est présumée avoir donné son accord tant qu’il ne l’a pas refusé expressément. Pour l’auteur, il s’agit indéniablement d’un « recul de la pratique de don en tant que geste bénévole et volontaire ». Sylviane Agacinski dénonce une « approche quantitative du nombre de vies à sauver, qui risque de faire perdre de vue le sens et la valeur intrinsèque de l’existence humaine ».

Louis et le bonheur pour tous

Christine Voegel-Turenne Transhumanisme
Téqui : http://www.librairietequi.com/A-64876-louis-et-le-bonheur-pour-tous.aspx
Octobre 2018
251 pages
Ce roman d’aventures ouvre les yeux du lecteur sur le monde dans lequel nous sommes en train de glisser : un monde individualiste où les désirs des « sujets » sont assouvis sans délai, où le moindre stress est éliminé par cure dans un Centre de bonheur pour tous, et toute angoisse durable épargnée grâce aux services d’euthanasie. Un univers où le tuteur électronique de chaque individu concentre toutes les capacités des objets connectés pour lui épargner de penser. Une société où chaque sujet se doit d’être un « froeur » universel, « non pas proche de son voisin mais d’une communauté désincarnée aux contours vagues ». Christine Voegel-Turenne éclaire ses lecteurs sur les conséquences de nos choix actuels face aux biotechnologies. Une lecture indispensable en cette année de révision de la loi de bioéthique !   Louis et le bonheur pour tous est la suite de Louis et la fabrique d'un autre genre; ils peuvent cependant se lire indépendamment.  

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