Bibliographie de la bioéthique

L’intelligence artificielle ou l’enjeu du siècle – Anatomie d’un antihumanisme radical

Eric Sadin Transhumanisme
Editions L’Echappée : https://www.lechappee.org/collections/pour-en-finir-avec/intelligence-artificiel...
Juillet 2019
304 pages
Faisant référence au titre de Jacques Ellul, La Technique ou l’enjeu du siècle, qui critiquait en 1954 l’assujettissement de l’homme à la technique, Eric Sadin livre une critique virulente de l’idéologie sous-jacente au développement de l’intelligence artificielle dans nos sociétés. S’attaquant au discours messianiques et lénifiants des grands chefs d’entreprise du monde de l’économie numérique ou des hommes politiques, il montre en quoi l’intelligence artificielle est l’aboutissement de l’entreprise libérale de la marchandisation de l’homme. Le principe d’une intelligence artificielle étant à la fois d’énoncer un diagnostic après l’analyse de données (ce qu’il appelle « énoncer la vérité ») et de proposer une action optimale à mener en fonction de ce diagnostic, le risque de cette technologie est d’amener l’homme à renoncer volontairement à sa capacité de décision, à son autonomie, et à se conformer à un système économique qui le pousse à se transformer en consommateur béat, dans « l’ignominie d’une société des loisirs perpétuels ». Selon l’auteur en effet, l’ultralibéralisme économique trouve son achèvement avec l’intelligence artificielle qui lui permet progressivement de substituer la machine à l’homme au travail, non seulement dans les entreprises, mais aussi dans les organisations non marchandes : médecine, justice, défense. Il y voit non seulement un affront à la dignité humaine par la négation de la singularité de la personne, remplacée par des algorithmes, mais surtout l’avènement de la fin de l’histoire promue par la fin du politique, devenu management prédictif de sociétés calquées sur le marché.   On ne peut que se sentir alerté par une telle analyse, qui s’appuie sur des faits et expérimentations actuels. Selon l’auteur, la technique n’est pas neutre, et son usage dans ce cas particulier ne peut qu’être néfaste. Mêlant parfois l’analyse de l’idéologie ultralibérale et celle des systèmes techniques, il a tendance à voir l’intelligence artificielle comme un outil homogène dont la performance est destinée à s’améliorer sans cesse, se montrant par conséquent un peu caricatural.  Sa description de l’emploi d’intelligences artificielles pour les systèmes militaires se réduit par exemple à une critique sommaire des « robots-tueurs », ignorant de nombreux domaines où l’apport technique devrait apporter des avantages appréciables. Enfin, sa vision très pessimiste d’un monde soumis au monopole de quelques entreprises géantes du numérique ne reconnaît pas assez que certaines promesses des promoteurs de l’intelligence artificielles restent aujourd’hui hypothétiques, et que la performance de systèmes dits « larges » (au champ d’action élargi à des activités complexes) n’est pas garantie aujourd’hui.   Enfin, ses propositions de lutte contre la mise en place de l’intelligence artificielle dans de nombreux secteurs d’activité, si elles sont concrètes, applicables et sympathiques (lutte juridique pour faire respecter le droit du travail, modification des habitudes de consommation individuelle, promotion de la précision de la langue en opposition à la « novlangue » à la mode…), restent fondées sur une conception de la dignité humaine issue des philosophies des Lumières. L’auteur définit l’humanisme que nous devrions défendre « comme celui qui nous enjoint de cultiver nos capacités, seules à même de nous rendre pleinement maîtres de nos destins ». L’antihumanisme d’un projet techno-libéral ambitionnant de supprimer l’incertitude du monde et d’optimiser le fonctionnement des sociétés dans une logique de profit devrait donc être contré par la promotion de la créativité humaine « favorisant l’éclosion d’une infinité de possibles ». L’absence manifeste de toute allusion à la transcendance et la recherche volontaire d’un certain relativisme politique et social fait perdre de sa force au chapitre sur les solutions possibles.   Eric Sadin nous livre une analyse décapante des dessous de la technique, mais les remèdes qu’il propose nous laissent sur notre faim. Recoverable fatal error : Argument 1 passed to xmlsitemap_node_create_link() must be an instance of stdClass, boolean given, called in /home/webs/genethique.org/html/sites/all/modules/contrib/xmlsitemap/xmlsitemap_node/xmlsitemap_node.module on line 28 and defined dans xmlsitemap_node_create_link() (ligne 194 dans /home/webs/genethique.org/html/sites/all/modules/contrib/xmlsitemap/xmlsitemap_node/xmlsitemap_node.module).

Attendre et espérer

Olivier Mathonat PMA-GPA
Emmanuel : https://www.editions-emmanuel.com/catalogue/attendre-et-esperer/
Juin 2019
175 pages
Un témoignage délicat sur le parcours psychologique et spirituel d’un couple sans enfants. Ni larmoyant ni impudique, ce livre écrit par Olivier Mathonat nous retrace l’histoire de son couple depuis son mariage face à l’épreuve de l’infertilité.  Il nous offre une réflexion profonde sur le passage d’une vie subie, pleine de douleur, à une vie où les choix posés sont librement consentis : le couple, bien qu’infertile, se révèle fécond. Un magnifique témoignage d’espérance, qui peut être utile non seulement aux couples confrontés à l’infertilité mais aussi à leur entourage et plus largement à chacun d’entre nous.  

Les soins palliatifs. La honte et le sentiment d’indignité à l’épreuve de l’éthique.

Véronique Avérous Fin de vie
Editions Seli Arslam : https://www.vuibert.fr/ouvrage/9782842762469-les-soins-palliatifs
Mai 2019
200 pages
Cet ouvrage est à recommander non seulement aux professionnels de soins palliatifs, mais plus généralement à ceux d’entre nous, probablement nombreux, qui seront appelés à accompagner « jusqu’au bout » un parent ou un ami.   Il ne s’agit pas d’un manuel de recettes pour vivre au mieux cette douloureuse et magnifique expérience humaine, mais plutôt de la méditation d’une femme médecin qui exerce en équipe mobile de soins palliatifs. Cette méditation est bien sûr fondée sur l’expérience, la pratique du milieu hospitalier et la connaissance du contexte politico-juridique qui glisse vers la légalisation de l’euthanasie avec la loi Léonetti-Claeys de 2016 ; mais l’intérêt de l’ouvrage ne se limite pas à ces données professionnelles ; il est profondément enrichi en effet d’une réflexion profondément humaine et même fraternelle sur la situation et les souffrances de nos compagnons du bout de la vie, ce qui donne corps et sens aux données scientifiques indispensables à la démarche des soins palliatifs.   Nous découvrons avec le Dr Véronique Avérous que cette activité, assez récemment intégrée au milieu hospitalier, est confrontée à plusieurs types de difficultés. Citons les réticences du personnel médical attaché à une conception exclusivement thérapeutique des soins, et les pressions qui s’exercent en faveur de l’euthanasie, dont la légalisation risquerait d’écraser la légitimité des soins palliatifs ; mais combien plus passionnante est l’analyse de ce sentiment très spécifique d’humiliation et de honte chez le soignant comme chez le patient, à surmonter pour établir une relation respectueuse et fraternelle avec des personnes bien souvent désemparées devant la souffrance, les dégradations physiques, et la mort qui approche.   Merci au Docteur Avérous de proposer une approche courageuse et noble de l’accompagnement des personnes en fin de vie.

Mamma m'IA

Anne Caroline Paucot et Olivier Pelletier Transhumanisme
Massot Editions : https://www.amazon.fr/MAMMA-MIA-Bienvenue-r%C3%A9alit%C3%A9-augment%C3%A9e/dp/B0...
Mai 2019
64 pages
« Bienvenue dans la réalité augmentée ! ». Les éditions Massot proposent une bande dessinée originale qui plonge, en huit tableaux différents, dans le futur et immerge le lecteur dans les affres engendrées par l’intelligence artificielle. Engendré… justement… dès la première aventure, un couple fait tourner l’ordinateur à la recherche de l’enfant parfait : « Mais sérieux, c’est quoi les avantages de la PMIA ? ». Procréation, fin de vie, robots, personnes âgées mais aussi rapport à notre corps, à notre santé : « Fini de mourir tous les deux jours alors ? », à l’amour… les thèmes sont multiples et invitent chaque fois à la réflexion. Finalement, le monde de l’Intelligence artificielle qu’on nous promet est-il le meilleur des mondes ?

Risquer l’infini

Clotilde Noël Diagnostic prénatal
Salvator : http://www.editions-salvator.com/A-27159-risquer-l-infini.aspx
Avril 2019
136 pages
Mais quand s’arrêteront-ils ? Après l’adoption de Marie, petite fille porteuse de trisomie 21, la famille Noël cherche de nouveau à s’agrandir ! Dans ce nouvel opus, Clotilde Noël, mère de désormais 7 enfants, conduit son lecteur entre dédalles administratifs, boires et déboires, jusqu’à l’adoption de Marie-Garance, une petite fille porteuse d’un handicap physique profond de déjà 16 mois. Avec l’arrivée d’une huitième dans la fratrie, l’auteur partage ses désirs, ses peurs, son bonheur. Et elle s’étonne de la richesse qu’apporte cette enfant qui leur vaudra une première année entre SAMU et urgences : « Ce qui est triste, écrit-elle, c’est de ne pas réaliser à quel point c’est nous qui avons besoin d’eux pour vivre ».   On pourrait craindre un livre éthéré, perché, focalisé sur le « désir d’aimer », mais au-delà de certaines expressions, la vérité, c’est que rien n’est factice dans ce livre qui prend des allures de petit traité de bon sens et de vie, jalonné de jolies perles de sagesse. Et l’adoption de ces petites filles handicapées est une histoire de famille qui, loin d’être un poids, fait office de révélateur. Aussi, a propos des choix de Côme, son ainé de 18 ans, Clotilde Noël écrit : « Ses deux petites sœurs l’ont rendu encore plus vivant et il s’est construit en se disant que la vie proposait des domaines de possibles infinis. Il a compris qu’il ne fallait pas s’arrêter à ses peurs mais les dépasser pour mieux vivre. (…) Sa vie ne fait que commencer et je ne suis pas inquiète pour lui car il a réalisé que le monde était à explorer ».   Alors aujourd’hui, Clotilde et Nicolas, plus complices que jamais, ne s’arrêteront pas. Ils avanceront aussi longtemps qu’ils le pourront sur ce chemin « offert » qui les « rend heureux ». Ils y puisent des ailes pour « risquer l’infini ».

Le corps des transhumains

Vincent Calais et Stanislas Deprez Transhumanisme
Editions Erès : https://www.editions-eres.com/ouvrage/4371/le-corps-des-transhumains
Avril 2019
pages
En route vers « l’abhumanisme ». Ce néologisme que nous devons à Jacques Audiberti désigne l’état de l’humanité caractérisé par le refus de l’acceptation globale de notre condition, pour devenir un autre choisi souverainement. Nous assistons en effet à un phénomène inédit caractérisé par la rapidité des évolutions scientifiques et techniques, et l’obsolescence apparente des anciens repères philosophiques et religieux. Telle est la voie du transhumanisme, qui ne concerne pas seulement les esprits, mais les corps dont on prétend maîtriser le devenir à l’aide des sciences et techniques. Au bout du processus, l’humain futur qui se dessine est un être hybride et protéiforme, capable de choisir ses avatars, comme fait la pieuvre. L’abhumanisme, c’est le résultat de « la sortie de route » de l’humanité ordinaire, le triomphe de l’individualisme, dans une perspective conçue comme  infinie, sans vieillesse et sans mort.   Cet ouvrage rédigé par neuf auteurs différents nous propose une analyse riche et nuancée du phénomène transhumain dans ses multiples aspects. L’auteur nous incite au fil des chapitres à réfléchir sur le devenir de l’homme d’aujourd’hui et de demain, confronté à la course prodigieuse de la cybernétique, des neurosciences, des nanotechnologies, derrière lesquelles la philosophie et la morale semblent perdre prise.

Pages