Bibliographie de la bioéthique

La restauration de l’homme – C.S. Lewis contre le scientisme

Michael D. Aeschliman Transhumanisme
Editions Tequi : http://www.librairietequi.com/A-65971-la-restauration-de-l-homme.aspx
Mai 2020
292 pages
Cet essai dénonçant l’imposture du scientisme est passionnant. S’appuyant sur les écrits de nombreux auteurs anglo-saxons, dont notamment C.S. Lewis, l’auteur formule de façon très simple ce que l’on avait souvent confusément senti sans parvenir à l’exprimer clairement : l’explication du monde et de l’homme par la science seule ne peut pas être satisfaisante. En effet, la négation de la transcendance que cette théorie exige non seulement n’est pas acceptable philosophiquement, mais elle induit des conséquences dramatiques sur la façon dont est considérée la personne humaine. L’auteur démontre comment, à partir des philosophies des Lumières, via Sade, Nietzsche, Marx, Sartre, jusqu’aux déconstructivistes, l’idéologie considérant le savoir scientifique comme le seul valable a conduit à considérer l’homme comme un simple objet de la nature équivalent à tout autre, permettant la naissance des idéologies totalitaires et leurs ravages. Allant plus loin encore, il affirme de façon convaincante que le libéralisme libertaire contemporain prend lui aussi sa source dans cette idéologie, considérant à son tour que Dieu n’existe pas et prenant comme mesure du Bien et du Mal le désir individuel, risquant ainsi de nous conduire à de nouveaux drames. La négation de Dieu et l’absolutisation de la nature a conduit à la quête de puissance des idéologues totalitaires du XXème siècle, elle conduit à la quête du plaisir au XXIème siècle, les uns et les autres utilisant la technique pour parvenir à leurs fins : « Les garde-frontières de la laïcité devraient se rappeler que, lorsque l’on nie, ignore, moque ou attaque la dimension et l’horizon métaphysique ou religieux des hommes, des sociétés et des cultures, il n’est plus aucune garantie de paix et de bonne volonté qui sont loin d’être des attributs « naturels » de l’homme ».   Bien sûr, suivant les nombreux auteurs, littéraires, philosophes et scientifiques qu’il cite, Michael D. Aeschliman ne nie pas l’importance des connaissances scientifiques, mais il les remet à leur juste place : le savoir scientifique n’est qu’une catégorie de la connaissance rationnelle. Epousant la thèse de C.S. Lewis issue de la pensée de philosophes classiques, il pense que la raison humaine, à travers ce qu’on appelle le bon sens ou le sens commun, est capable de percevoir le Bien transcendant. C’est en suivant cette idée qu’il est possible de réaffirmer la place unique de la personne humaine, que redevient possible la « restauration de l’homme », quand le scientisme et son corollaire contemporain la primauté de la technique pour réaliser tous les désirs individuels sans critère moral ne parviendront qu’à « l’abolition de l’homme », titre d’un ouvrage de C.S. Lewis.

La robotique et l’intelligence artificielle

Dominique Lambert Transhumanisme
Editions Fidélité : https://www.editionsjesuites.com/fr/recherche?controller=search&orderby=dateparu...
Avril 2020
144 pages
Professeur à l’université de Namur, docteur en philosophie et en sciences physiques, Dominique Lambert offre avec ce numéro de la collection Que penser de… ? une présentation claire et concrète des problématiques posées par le développement de la robotique et de l’intelligence artificielle. Commençant par une présentation de ce que sont les robots, l’intelligence artificielle et leurs emplois actuels, il développe ensuite une analyse des questions liées à leur recours de plus en plus important dans nos sociétés. Pour lui, l’enjeu se situe essentiellement dans le fait que si l’on se sert de ces outils à mauvais escient, par idéologie ou inconscience, on finit pas en devenir esclave. Il ne rejette pas pour autant en bloc l’usage des nouvelles technologies, et c’est un des mérites de ce livre que de présenter les atouts offerts par les robots et l’intelligence artificielle dans différents domaines, notamment juridique et militaire, souvent caricaturés. Mais il montre bien qu’utiliser le vocabulaire de « l’intelligence artificielle » sans discernement, sans réfléchir au sens des termes, conduit à conclure que la prétendue intelligence artificielle est réellement assimilable à l’intelligence humaine. Aussi, il dénonce deux erreurs graves de l’idéologie transhumaniste : l’une est de croire que le modèle est la réalité, que l’artificiel peut remplacer le réel. L’autre est de réduire l’humain à la mesure de son invention, en réduisant l’intelligence humaine au système de calcul qu’est l’intelligence artificielle. C’est bien ainsi que nos sociétés peuvent finir par se laisser dominer par leurs inventions, voulant remplacer l’humain par des machines dans des domaines où les machines ne pourront, par leur nature même, jamais égaler la capacité humaine à créer. A lire pour tous ceux qui ne sont pas convaincus par des optimistes béats sans percer les failles de leurs raisonnements.   Pour aller plus loin : Intelligence artificielle et médecine, le miroir aux alouettes ? Intelligence artificielle : la conquête d’un marché du corps humain

Made in Labo - De la procréation artificielle au transhumanisme

Dominique Folscheid Transhumanisme
Le Cerf : https://www.editionsducerf.fr/librairie/livre/18697/made-in-labo
Octobre 2019
pages
Nous vivons une profonde crise anthropologique. En 1968, la grande question était : « Comment faire l’amour sans faire d’enfants ? ». Elle s’est retournée depuis 1978, année de naissance du premier bébé-éprouvette, en : « Comment faire des enfants sans faire l’amour ? » – révolution inouïe au regard de l’histoire de l’humanité. La fabrication de ce bébé, conçu hors du corps humain, a peut-être ouvert la boîte de Pandore. Devenu accessible, notre génome est aussi devenu manipulable, modifiable, en attendant que les adeptes du transhumanisme le réécrivent pour produire un homme nouveau, un « posthumain » libéré des tares de notre condition, limitée et mortelle. Preuve est ainsi faite que l’engendrement, qui assure la transmission par la filiation, fait obstacle à la création. Celle de l’individu par lui-même, comme celle de la « posthumanité » rêvée. C’est cette effroyable dérive de notre civilisation que Dominique Folscheid analyse, alliant comme personne connaissance scientifique et réflexion philosophique.  Un essai percutant, pour combattre dès aujourd’hui les cauchemars de demain.

Mamma m'IA

Anne Caroline Paucot et Olivier Pelletier Transhumanisme
Massot Editions : https://www.amazon.fr/MAMMA-MIA-Bienvenue-r%C3%A9alit%C3%A9-augment%C3%A9e/dp/B0...
Mai 2019
64 pages
« Bienvenue dans la réalité augmentée ! ». Les éditions Massot proposent une bande dessinée originale qui plonge, en huit tableaux différents, dans le futur et immerge le lecteur dans les affres engendrées par l’intelligence artificielle. Engendré… justement… dès la première aventure, un couple fait tourner l’ordinateur à la recherche de l’enfant parfait : « Mais sérieux, c’est quoi les avantages de la PMIA ? ». Procréation, fin de vie, robots, personnes âgées mais aussi rapport à notre corps, à notre santé : « Fini de mourir tous les deux jours alors ? », à l’amour… les thèmes sont multiples et invitent chaque fois à la réflexion. Finalement, le monde de l’Intelligence artificielle qu’on nous promet est-il le meilleur des mondes ?

Le corps des transhumains

Vincent Calais et Stanislas Deprez Transhumanisme
Editions Erès : https://www.editions-eres.com/ouvrage/4371/le-corps-des-transhumains
Avril 2019
pages
En route vers « l’abhumanisme ». Ce néologisme que nous devons à Jacques Audiberti désigne l’état de l’humanité caractérisé par le refus de l’acceptation globale de notre condition, pour devenir un autre choisi souverainement. Nous assistons en effet à un phénomène inédit caractérisé par la rapidité des évolutions scientifiques et techniques, et l’obsolescence apparente des anciens repères philosophiques et religieux. Telle est la voie du transhumanisme, qui ne concerne pas seulement les esprits, mais les corps dont on prétend maîtriser le devenir à l’aide des sciences et techniques. Au bout du processus, l’humain futur qui se dessine est un être hybride et protéiforme, capable de choisir ses avatars, comme fait la pieuvre. L’abhumanisme, c’est le résultat de « la sortie de route » de l’humanité ordinaire, le triomphe de l’individualisme, dans une perspective conçue comme  infinie, sans vieillesse et sans mort.   Cet ouvrage rédigé par neuf auteurs différents nous propose une analyse riche et nuancée du phénomène transhumain dans ses multiples aspects. L’auteur nous incite au fil des chapitres à réfléchir sur le devenir de l’homme d’aujourd’hui et de demain, confronté à la course prodigieuse de la cybernétique, des neurosciences, des nanotechnologies, derrière lesquelles la philosophie et la morale semblent perdre prise.

Leurre et malheur du transhumanisme

Olivier Rey Transhumanisme
Desclée de Brouwer : https://www.editionsddb.fr/livre/fiche/leurre-et-malheur-du-transhumanisme-97822...
Novembre 2018
196 pages
Si c'est au nom d'un futur toujours meilleur que le monde a été transformé en un chantier permanent, nous sommes arrivés au stade où le rapport entre les bénéfices du développement et ses nuisances s'avère de plus en plus défavorable. La perte de confiance dans le progrès doit alors être compensée par une inflation de ce qu'il est censé apporter : plus le monde va mal et menace de s'écrouler, plus il faut abreuver les populations de promesses exorbitantes.   Tel est le rôle du Transhumanisme - et peu importe que ce qu'il annonce ne soit pas destiné à se réaliser. Lui accorder trop d’importance, c’est se laisser captiver par un leurre. Faudrait-il refuser d’y prêter attention ? Cela n’est pas si simple. Le transhumanisme nous trompe parce qu’il joue en nous sur des ressorts puissants. Se donner une chance de désamorcer la fascination qu’il exerce et le malheur qu’il propage, réclame de mettre au jour ce qui nous rend si vulnérables à ses illusions.   Pour lire l’interview de l’auteur : Olivier Rey : « L’artificialisation de la procréation et le transhumanisme sont en ‘synergie’ »

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