Bibliographie de la bioéthique

L’Ame désarmée

Les belles lettres : https://www.lesbelleslettres.com/contributeur/allan-bloom
Février 2019
504 pages
« L’Ame désarmée », œuvre majeure de l’auteur américain Allan Bloom vient d’être rééditée aux Belles Lettres.   Ce professeur à l’université de Chicago était un visionnaire. En montrant la crise de la culture générale, il dénonçait, il y a trente ans et de manière puissante le relativisme ambiant. Son œuvre est magistrale, Alan Bloom a tout compris et met sa grande érudition au service du lecteur.   Dans un essai profond, il analyse le recul de la culture générale et s’inquiète de son déclin au bénéfice des « problèmes de société » ; des revendications séparatistes des « minorités » raciales ou sexuelles ; de la baisse du niveau scolaire au nom de la lutte contre les inégalités ; de la domination du relativisme au détriment de la recherche de la vérité ; ou encore des sciences humaines qui singent les sciences « dures ».   « Le rationalisme occidental a abouti à un rejet de la raison. Le relativisme parvient à détruire les prétentions universelles de l'Occident […]. Privé de ce besoin de vérité, l'Occident s'effondrera ».   Pour Bloom, il n’est d’autre remède à ce nihilisme que « l’ouverture de l’âme à la recherche de la vérité ».   Il offre un éclairage sur le relativisme ambiant, celui qui nous a conduit à ne plus savoir ce qu’est l’Homme. Un grand livre à lire pour comprendre les mouvements profonds de la société actuelle.

Les patients au cœur

Claire Fourcade Fin de vie
Bayard : https://www.lavoisier.fr/livre/sciences-humaines-et-sociales/les-patients-au-coe...
Février 2019
257 pages
Un médecin présente les joies et les peines du service de soins palliatifs qu’elle dirige. Encore un témoignage, dira-t-on. Oui, mais le vrai mérite de celui-ci touche le lecteur au fil des pages, un peu comme une imprégnation progressive. Au début, on le lit comme une succession d’anecdotes, racontées avec talent, et aussi la pointe d’humour qui sonne vivant. Cependant, l’intérêt de cet ouvrage va bien au-delà ; en effet, c’est la relation si particulière du patient et de son médecin qui se dessine à nos yeux, dans sa dimension la plus extrême, car ensemble, ils sont confrontés à la mort, et le médecin cherche de toutes ses forces, intelligence, savoir-faire, cœur, à prendre jusqu’au bout le parti de la vie. Il s’agit en effet de soulager et d’accompagner des personnes gravement blessées, non seulement dans leur santé, mais dans leur humanité profonde ; il s’agit aussi de défendre ces patients contre la  désertification intellectuelle et morale qui conduit à préconiser l’euthanasie. C’est donc un combat que mène en équipe tout le personnel du service, toutes spécialités confondues, un combat pour la vie d’abord, mais aussi pour l’honneur du métier. C'est un condensé de l’âme d’une clinique que livre l'auteur.   Professionnalisme et noblesse de cœur au service de nos semblables les plus fragiles et les plus démunis ; tel est le message que nous adresse le docteur Claire Fourcade : « Quand la maladie prive nos patients de leur apparence d’homme ou de leur conscience d’homme, c’est nous, soignants, qui sommes là pour leur signifier, jour après jour, qu’ils restent pleinement, entièrement, membres de notre famille humaine ».

Les droits de l'homme dénaturé

Grégor Puppinck Tous les autres thèmes
Cerf : https://www.editionsducerf.fr/librairie/livre/18564/les-droits-de-l-homme-denatu...
Décembre 2018
296 pages
Gregor Puppinck, l’un des experts de Généthique, vient de publier, Les droits de l’homme dénaturé. Un essai didactique, précis et talentueux qui analyse la transformation de la conception de l’homme à travers celle de ses droits. L’auteur analyse l’évolution actuelle des droits de l’homme. Il décrit « le passage des droits de l’homme de 1948 aux droits de l’individu des vingt dernières années puis aux droits transhumains actuellement en formation. Cette évolution reflète celle du rapport de l’homme à la nature ». Grégor Puppinck, en juriste averti, aide le lecteur à comprendre comment on en est arrivé à la situation actuelle où les droits de l’homme finissent par accompagner le transhumanisme.   C’est bien la dénaturation de l’homme qu’il dénonce à travers l’évolution des droits de l’homme. « Alors que les droits de l’homme de 1948 reflétaient des droits naturels, l’affirmation de l’individualisme a généré de nouveaux droits antinaturels, tels que le droit à l’euthanasie ou à l’avortement, conduisant à leur tour à l’émergence de droits transhumains qui garantissent aujourd’hui le pouvoir de redéfinir la nature, tels que le droit à l’eugénisme, à l’enfant ou au changement de sexe ». Pas à pas, en analysant le droit et son évolution à la lumière de la philosophie, Gregor Puppinck avance de manière très pédagogique avec le lecteur qui veut croire dans sa conclusion qu’ « il y a quelque chose en l’homme qui résiste en sa dénaturation ».   Grégor Puppinck est docteur en droit et directeur du Centre européen pour le droit et la justice (ECLJ).

Leurre et malheur du transhumanisme

Olivier Rey Transhumanisme
Desclée de Brouwer : https://www.editionsddb.fr/livre/fiche/leurre-et-malheur-du-transhumanisme-97822...
Novembre 2018
196 pages
Si c'est au nom d'un futur toujours meilleur que le monde a été transformé en un chantier permanent, nous sommes arrivés au stade où le rapport entre les bénéfices du développement et ses nuisances s'avère de plus en plus défavorable. La perte de confiance dans le progrès doit alors être compensée par une inflation de ce qu'il est censé apporter : plus le monde va mal et menace de s'écrouler, plus il faut abreuver les populations de promesses exorbitantes.   Tel est le rôle du Transhumanisme - et peu importe que ce qu'il annonce ne soit pas destiné à se réaliser. Lui accorder trop d’importance, c’est se laisser captiver par un leurre. Faudrait-il refuser d’y prêter attention ? Cela n’est pas si simple. Le transhumanisme nous trompe parce qu’il joue en nous sur des ressorts puissants. Se donner une chance de désamorcer la fascination qu’il exerce et le malheur qu’il propage, réclame de mettre au jour ce qui nous rend si vulnérables à ses illusions.   Pour lire l’interview de l’auteur : Olivier Rey : « L’artificialisation de la procréation et le transhumanisme sont en ‘synergie’ »

L’intelligence artificielle ou l’enjeu du siècle – Anatomie d’un antihumanisme radical

Eric Sadin Transhumanisme
Editions L’Echappée : https://www.lechappee.org/collections/pour-en-finir-avec/intelligence-artificiel...
Octobre 2018
304 pages
Faisant référence au titre de Jacques Ellul, La Technique ou l’enjeu du siècle, qui critiquait en 1954 l’assujettissement de l’homme à la technique, Eric Sadin livre une critique virulente de l’idéologie sous-jacente au développement de l’intelligence artificielle dans nos sociétés. S’attaquant au discours messianiques et lénifiants des grands chefs d’entreprise du monde de l’économie numérique ou des hommes politiques, il montre en quoi l’intelligence artificielle est l’aboutissement de l’entreprise libérale de la marchandisation de l’homme. Le principe d’une intelligence artificielle étant à la fois d’énoncer un diagnostic après l’analyse de données (ce qu’il appelle « énoncer la vérité ») et de proposer une action optimale à mener en fonction de ce diagnostic, le risque de cette technologie est d’amener l’homme à renoncer volontairement à sa capacité de décision, à son autonomie, et à se conformer à un système économique qui le pousse à se transformer en consommateur béat, dans « l’ignominie d’une société des loisirs perpétuels ». Selon l’auteur en effet, l’ultralibéralisme économique trouve son achèvement avec l’intelligence artificielle qui lui permet progressivement de substituer la machine à l’homme au travail, non seulement dans les entreprises, mais aussi dans les organisations non marchandes : médecine, justice, défense. Il y voit non seulement un affront à la dignité humaine par la négation de la singularité de la personne, remplacée par des algorithmes, mais surtout l’avènement de la fin de l’histoire promue par la fin du politique, devenu management prédictif de sociétés calquées sur le marché.   On ne peut que se sentir alerté par une telle analyse, qui s’appuie sur des faits et expérimentations actuels. Selon l’auteur, la technique n’est pas neutre, et son usage dans ce cas particulier ne peut qu’être néfaste. Mêlant parfois l’analyse de l’idéologie ultralibérale et celle des systèmes techniques, il a tendance à voir l’intelligence artificielle comme un outil homogène dont la performance est destinée à s’améliorer sans cesse, se montrant par conséquent un peu caricatural.  Sa description de l’emploi d’intelligences artificielles pour les systèmes militaires se réduit par exemple à une critique sommaire des « robots-tueurs », ignorant de nombreux domaines où l’apport technique devrait apporter des avantages appréciables. Enfin, sa vision très pessimiste d’un monde soumis au monopole de quelques entreprises géantes du numérique ne reconnaît pas assez que certaines promesses des promoteurs de l’intelligence artificielles restent aujourd’hui hypothétiques, et que la performance de systèmes dits « larges » (au champ d’action élargi à des activités complexes) n’est pas garantie aujourd’hui.   Enfin, ses propositions de lutte contre la mise en place de l’intelligence artificielle dans de nombreux secteurs d’activité, si elles sont concrètes, applicables et sympathiques (lutte juridique pour faire respecter le droit du travail, modification des habitudes de consommation individuelle, promotion de la précision de la langue en opposition à la « novlangue » à la mode…), restent fondées sur une conception de la dignité humaine issue des philosophies des Lumières. L’auteur définit l’humanisme que nous devrions défendre « comme celui qui nous enjoint de cultiver nos capacités, seules à même de nous rendre pleinement maîtres de nos destins ». L’antihumanisme d’un projet techno-libéral ambitionnant de supprimer l’incertitude du monde et d’optimiser le fonctionnement des sociétés dans une logique de profit devrait donc être contré par la promotion de la créativité humaine « favorisant l’éclosion d’une infinité de possibles ». L’absence manifeste de toute allusion à la transcendance et la recherche volontaire d’un certain relativisme politique et social fait perdre de sa force au chapitre sur les solutions possibles.   Eric Sadin nous livre une analyse décapante des dessous de la technique, mais les remèdes qu’il propose nous laissent sur notre faim. Recoverable fatal error : Argument 1 passed to xmlsitemap_node_create_link() must be an instance of stdClass, boolean given, called in /home/webs/genethique.org/html/sites/all/modules/contrib/xmlsitemap/xmlsitemap_node/xmlsitemap_node.module on line 28 and defined dans xmlsitemap_node_create_link() (ligne 194 dans /home/webs/genethique.org/html/sites/all/modules/contrib/xmlsitemap/xmlsitemap_node/xmlsitemap_node.module). Recoverable fatal error : Argument 1 passed to xmlsitemap_node_create_link() must be an instance of stdClass, boolean given, called in /home/webs/genethique.org/html/sites/all/modules/contrib/xmlsitemap/xmlsitemap_node/xmlsitemap_node.module on line 28 and defined dans xmlsitemap_node_create_link() (ligne 194 dans /home/webs/genethique.org/html/sites/all/modules/contrib/xmlsitemap/xmlsitemap_node/xmlsitemap_node.module).

Louis et le bonheur pour tous

Christine Voegel-Turenne Transhumanisme
Téqui : http://www.librairietequi.com/A-64876-louis-et-le-bonheur-pour-tous.aspx
Octobre 2018
251 pages
Ce roman d’aventures ouvre les yeux du lecteur sur le monde dans lequel nous sommes en train de glisser : un monde individualiste où les désirs des « sujets » sont assouvis sans délai, où le moindre stress est éliminé par cure dans un Centre de bonheur pour tous, et toute angoisse durable épargnée grâce aux services d’euthanasie. Un univers où le tuteur électronique de chaque individu concentre toutes les capacités des objets connectés pour lui épargner de penser. Une société où chaque sujet se doit d’être un « froeur » universel, « non pas proche de son voisin mais d’une communauté désincarnée aux contours vagues ». Christine Voegel-Turenne éclaire ses lecteurs sur les conséquences de nos choix actuels face aux biotechnologies. Une lecture indispensable en cette année de révision de la loi de bioéthique !   Louis et le bonheur pour tous est la suite de Louis et la fabrique d'un autre genre; ils peuvent cependant se lire indépendamment.  

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