"Ce n’est plus la nature humaine telle qu’elle est qui fonde les droits de l'homme, mais ce que chacun décide d’en faire au nom de son être singulier"



« Depuis le XVIIIe siècle, plusieurs générations des droits de l’homme se sont succédés ». Pour Guillaume Bernard, professeur associé à l’université Laurentienne, « une nouvelle génération de droits de l’homme fondée sur une dignité non plus tirée de la nature de tout être humain, de tous les êtres humains, mais de la capacité de chacun d’eux à l’usage de sa puissance » est apparue.

 

Le XVIIIe siècle fonde les « droits de », des droits sur l’Etat, destinés à protéger les individus des abus des pouvoirs publics. Après la 2de guerre mondiale, au XXe siècle apparaissent les « droits à », des « droits contre l’État qui doit fournir certaines prestations ». Ensuite, les « droits-solidarité comme le droit à un environnement sain » sont nés à leur tour : ils ont conduit au principe de précaution ou au concept de développement durable. Toutes ces évolutions ont un socle anthropologique commun qui considère l’homme « en tant qu’il appartient à l’espèce humaine ».

 

Cependant, « si les droits de l’homme sont intimement liés au sujet (de droit) qu’est l’homme, les philosophes (…) ne se sont jamais accordés sur la caractéristique essentielle de la nature humaine de laquelle ils sont tirés : son origine (création divine ou fruit du hasard), sa capacité (rationalité, volonté), etc.? C’est à la faveur de cette imprécision sur le fondement premier de l’anthropologie qu’une nouvelle génération des droits de l’homme très éloignée des précédentes semble en passe de s’imposer ». Et « ce n’est plus la nature humaine telle qu’elle est qui fonde ces droits, mais ce que chacun décide d’en faire au nom de son être singulier. Ce n’est plus ce qui est commun aux hommes qui identifie l’homme, mais ce qui est propre à chacun ». Ces nouveaux droits ne considèrent plus que la nature que l’homme construit : « elle se focalise sur la puissance de la volonté ». Aussi, Guillaume Bernard note que si « l’autonomie, physique ou intellectuelle, n’est pas jugée suffisante, l’être n’est pas considéré comme authentiquement humain et les droits attributs de son humanité lui sont refusés. C’est ainsi que l’enfant à naître peut être éliminé, même s’il est génétiquement humain, puisqu’il ne respire pas seul. D’ailleurs, n’étant pour rien dans son existence, son absence de volonté se retourne contre lui, malgré sa parfaite innocence. De même, le malade comateux ou la personne lourdement handicapée sont voués à une mort délibérément provoquée à cause de leur dépendance supposée dégrader leur dignité », explique l’auteur de l’article.

 

Dans ce contexte, « seul l’homme qui a la force (l’orgueil?) de se déconstruire et de se reconstruire est véritablement digne d’être considéré comme une personne ». Le professeur ajoute : « Perfectible, l’homme doit chercher à s’arracher de sa propre nature. Telle est la position de l’idéologie post-humaniste où la volonté de l’individu ne doit pas seulement dominer mais dépasser et remplacer la nature humaine ».

 

Dans ce contexte, « le droit de chaque être singulier à s’affirmer en dehors de toute contrainte conduit à la négation du droit d’un corps social à perdurer dans ses traditions et à préserver son identité ». Les nouveaux droits de l’homme « nient l’homme réel contextualisé pour ne prendre en considération que celui qui est coupé de tout enracinement naturel (l’individu déconstruit et reconstruit) et culturel (le citoyen exclusivement du monde) ».