Cellules souches embryonnaires humaines et tétraplégie : le miracle démystifié


L’interprétation des résultats de l’essai clinique d’Asterias, qui teste l’administration d’oligodendrocytes obtenus de cellules souches embryonnaires humaines sur des patients atteints de lésions de la moelle épinière, réclame de la prudence. Jacques Suaudeau émet des réserves sur les commentaires dithyrambiques parus ces derniers jours au sujet d’un patient tétraplégique qui aurait retrouvé l’usage de ses bras et de ses mains : en l’état actuel, il est impossible de dire si l’amélioration de son état est effectivement liée au traitement (cf. Cellules souches embryonnaires humaines : la surenchère médiatique).

 

Tout d’abord parce que visiblement il y avait déjà eu une amélioration spontanée du patient, avant l'administration des oligodendrocytes[1] : il a été dit qu’il s’était spontanément libéré du respirateur. Il ne s'agit donc pas d'un cas de quadriplégie traumatique net, mais d'une commotion, ce qui suppose qu'il avait une bonne possibilité de récupération partielle avec de la volonté, un bon moral et beaucoup de kiné.

 

Par ailleurs, il s'agit d'oligodendrocytes et non de cellules souches. Les oligodendrocytes ne peuvent pas réparer une lésion médullaire, mais ils aident à la reconstitution de la gaine de myéline qui entoure les neurones, et ils ont une action bénéfique locale sur les cellules neurales. Une action positive d'oligodendrocytes sur la lésion médullaire ne se voit expérimentalement que pour des contusions, sans rupture, et donc sans séparation des axones. Ce qui doit être le cas de ce patient.

 

Un traitement par cellules souches embryonnaires qui viserait à la réparation des neurones eux-mêmes serait différent. Expérimentalement, cet effet a été montré sur le rat il y a des années de cela, mais jusqu'ici les résultats ne semblent pas avoir été spectaculaires.

 

Pour admettre que des injections d'oligodendrocytes (AST-OPC1) puissent avoir un effet bénéfique prouvé sur une lésion médullaire, il faudrait que tous les patients de la série en aient profité. Ce n'est pas le cas. Un seul cas ne prouve rien, si ce n'est que les oligodendrocytes ont dû avoir une action trophique positive sur une lésion par commotion avec possibilité de récupération spontanée partielle.

 

Un autre argument ne plaide pas en faveur de « résultats spectaculaires » : Asterias Biotherapeutics a présenté son cas mi-septembre lors d’un congrès à Vienne, mais en dehors des séances officielles prévues. Et ni Nature ni Science n'ont soufflé un mot de ce « cas ».
 

 

[1] Cellule de soutien du système nerveux central.