Chine : naissance de deux bébés génétiquement modifiés



Une équipe de l'Université de Shenzhen en Chine annonce « avoir modifié l'ADN de deux jumelles nées ce mois-ci pour les rendre résistantes au virus du SIDA », à la variole et au choléra. Une « dangereuse première mondiale » révélée par l’agence américaine Associated Press qui « bouleverse la communauté scientifique » : « nouvelle forme de médicament » ou « nouvelle forme d’eugénisme » ? s’interroge le MIT[1].

 

Le chercheur Hé Jiankui « explique qu'au moment de la fécondation in vitro, ses équipes ont introduit dans les embryons (…) une sorte de programme génétique [CRISPR] qui est allé modifier l'ADN des deux bébés pour les rendre résistants au virus du SIDA »[2]. Sur sept embryons modifiés, une grossesse gémellaire a été menée à terme. La naissance de ces premiers bébés génétiquement modifiés « est dénoncée comme une inconsciente "expérimentation humaine" par de nombreuses voix à travers le monde », et les preuves scientifiques apportées par l’équipe « laissent sceptiques pour le moment les autorités génétiques mondiales ». Aucune publication n’est encore parue.

 

De son côté Hé Jiankui « se défend d'avoir voulu mener une simple première médiatique, mais veut créer un "exemple", et laisser ensuite "la société décider de ce qu'elle veut en faire" ». Selon le chercheur, « six autres couples séropositifs ont accepté ses expérimentations ». Ont-ils conscience de ce à quoi ils s’engagent et des risques pris ? s’interrogent les journalistes. « Dans le cadre de l'expérience, tous les pères étaient séropositifs, alors que les mères étaient séronégatives ». Si le traitement est efficace, le développement du sida sera empêché et les enfants seront protégées de toute contamination qui pourrait survenir à l’avenir. Mais seules certaines cellules pourraient avoir été modifiées, et des mutations non voulues pourraient être survenues. En outre, cette modification n’avait pas pour but de les guérir d’une maladie mais de la prévenir, ce qui aujourd’hui peut être réalisé par d’autres moyens.

 

Cette annonce survient à quelques jours du deuxième Sommet international sur la modification du génome humain qui réunira des experts internationaux à Hong Kong. La Chine n’y sera pas représentée.

 


[1] Massachussetts Institute of Technology.

[2] En éliminant un gène appelé CCR5, car les personnes sans copies de ce gène seraient immunisées ou très résistantes à l'infection par le VIH.

 

 


Sources: 

France culture (26/11/2018); MIT technology review (25/11/2018)