Rapport Hermange – Potentiel thérapeutique des cellules de sang de cordon


Dans un rapport rendu public le 4 novembre 2008 (1), Marie-Thérèse Hermange (sénateur UMP) dénonce, au nom de la Commission des Affaires sociales du Sénat, le retard français en matière de stockage de sang de cordon (cf. Lettre Gènéthique n°91). 20 ans après la première greffe mondiale de sang de cordon, réalisée par le Pr Eliane Gluckman (hôpital Saint-Louis, Paris), la France se place au 16e rang mondial en terme d’unités de sang placentaire (USP) stockées par habitant, avec 7 000 USP quand 50 000 seraient nécessaires pour répondre aux besoins nationaux. C’est l’objectif fixé par ce rapport d’ici 2020.

 

Comparaison moelle/sang

 

Les cellules extraites du sang de cordon sont pluripotentes et déjà utilisées avec succès dans près de 85 indications thérapeutiques, liées aux maladies du sang notamment, qui touchent plus de 126 000 personnes par an en France. Depuis le succès, en 1988, de l’équipe du Pr Eliane Gluckman, 20 000 personnes ont pu bénéficier de ce type de greffe.

Les greffes de sang de cordon remplacent avantageusement les greffes de moelle osseuse, notamment parce qu’elles tolèrent des différences du système HLA. "Il faut noter que  la greffe de sang de cordon non HLA identique donne d’aussi bons résultats que la greffe de moelle et, si le sang de cordon est HLA identique, les résultats sont même meilleurs que la greffe de moelle", explique le Pr Gluckman. Alors que seulement 9% des patients en attente de greffe de moelle trouvent un donneur compatible, tous les patients devant subir une greffe de sang de cordon trouvent un greffon compatible. On constate que, chaque année, la part des greffes de sang de cordon croît aux dépends des greffes de moelle. Ainsi, en 2007, les greffes de sang de cordon représentaient-elles 27% des greffes allogéniques (2) réalisées en France.

 

Fort potentiel thérapeutique

 

Au-delà des maladies sanguines, les scientifiques pensent pouvoir utiliser les cellules extraites de sang de cordon pour reconstituer les os, le derme des grands brûlés et envisagent aussi de pouvoir traiter le diabète juvénile, certaines pathologies neurologiques ou cardiaques, ou encore certaines maladies du foie ou du rein. Cette richesse thérapeutique engage la responsabilité de l’Etat : "son inaction (…) pourrait un jour s’analyser comme une perte de chance pour les familles françaises n’ayant pu faire stocker le sang du cordon ombilical".

 

Une pénurie qui coûte cher

 

En 2007, 64% des greffons utilisés en France ont été importés, ce qui, avec un coût moyen d’importation de 18 000 euros par unité, a entraîné un déficit de 3,6 millions d’euros pris en charge par l’assurance-maladie. Huit maternités seulement sont aujourd’hui habilitées à collecter le sang de cordon en France. Aujourd’hui, en l’absence de politique de collecte, la quasi-totalité des cordons ombilicaux sont considérés comme des déchets opératoires et incinérés.

 

Les propositions du rapport

 

Le rapport du Sénat plaide pour une "politique de collecte plus ambitieuse" menée "dans le respect des principes éthiques du don anonyme, gratuit et non dirigé". Il insiste sur la nécessité de créer un réseau de maternités habilitées à prélever le sang de cordon, de développer la formation des professionnels et l’information du grand public et de favoriser la recherche. Le rapport propose aussi d’associer les cliniques privées à l’activité de collecte et d’autoriser, à titre expérimental, l’implantation de banques privées – aujourd’hui interdites dans l’hexagone - tout en respectant les principes de solidarité. Le stockage dans ces banques serait payant et fait dans une perspective autologue mais, parallèlement, les greffons seraient inscrits sur la liste nationale et donc susceptibles d’être utilisés pour des besoins allogéniques solidaires. Par ailleurs, le développement simultané d’une activité privée par les banques publiques permettrait de consolider leur financements 

 

1. Le potentiel thérapeutique des cellules souches extraites du sang de cordon, M.T Hermange, Rapport d’information du Sénat n° 79, 4 nov. 2008.

 

2. Greffe allogénique : par opposition à une greffe autologue dans laquelle le greffon est prélevé sur le sujet lui-même, une greffe allogénique est pratiquée entre deux individus différents.