Royaume-Uni : légalisation des embryons hybrides homme-animal


Les députés britanniques ont adopté, dans un climat tendu et après plusieurs heures de débat houleux, à la fin du mois de mai, une nouvelle loi sur la fertilisation et l’embryologie humaines.

 

Avortement

 

La législation britannique - la plus libérale d’Europe - autorise l'interruption volontaire de grossesse (IVG) jusqu'à la 24ème semaine de grossesse. Les députés ont rejeté l’amendement soutenu par plus de 200 membres du Parlement anglais de différents partis politiques et de spécialistes de la santé, gynécologues et obstétriciens, qui visait à ramener ce délai à 20 semaines et qui instaurait une période de réflexion de 10 jours après qu'une femme ait décidé d'avorter afin qu’elle puisse être conseillée et informée, notamment des risques encourus. Ancienne infirmière à l’origine de cet amendement, la députée Tory Dorries, soulignait le fait qu'un nombre croissant de bébés survivent à 24 semaines ou moins. "Nous sommes désormais dans la situation absurde où des médecins se battent pour sauver les prématurés à un certain endroit de l'hôpital, et d'autres la terminent dans un autre endroit, à la même durée de gestation." Le Premier ministre, Gordon Brown, s'était déclaré opposé à une modification de la loi sur ce point.

 

Etat civil : père facultatif

 

Parallèlement, les députés ont voté, à 290 voix contre 222, pour que l'inscription du nom du père sur les documents de demande d'insémination et sur les registres d'état civil ne soit plus obligatoire. Désormais, un autre nom que celui du père pourra être inscrit. Le ministre de la Santé, Dawn Primarolo, a indiqué que cette mesure "concernera toutes les personnes qui cherchent un traitement, qu'elles soient du même sexe, femme seule ou couple hétérosexuel".

 

Sélection des embryons

 

Le Parlement a ensuite autorisé les parents d'enfants souffrant de maladies graves à sélectionner les embryons, selon leur sexe, pour servir de greffe pour leur frère ou leur sœur malade.

 

Hybrides homme-animal

 

Enfin, les députés ont approuvé la création d'embryons hybrides humains-animaux, issus de l'intégration d'ADN humain dans des ovules d'animaux. Conçus à des fins de recherche, ces hybrides doivent être détruits au bout de 14 jours de développement et ne peuvent pas être réimplantés. Rappelons que cette pratique avait déjà été autorisée, en septembre dernier, par la Haute autorité britannique en fertilisation et embryologie humaines (Human Fertilisation and Embryology Authority, HFEA) et que deux laboratoires disposent d'une licence pour mener ces recherches.

Dès début juillet, la HFEA a donné son feu vert à la création d’embryons hommes-cochons. Après les embryons hommes-vaches et hommes-lapins, c’est la troisième sorte d’embryons hybrides agréée en Grande-Bretagne.

L'Eglise catholique, ainsi que des députés de l'opposition, ont dénoncé une "expérience à la Frankenstein". L'évêque d'Edimbourg, Keith O'Brien, parle "d'une attaque monstrueuse contre les droits de l'homme et la dignité humaine". Monseigneur Elio Sgreccia, en tant que Président de l'Académie pontificale pour la Vie, a déclaré que cette mesure était particulièrement grave sur le plan éthique en ce qu'"elle constitue une offense à la dignité de l'homme", "c'est une atteinte à la fertilisation entre les espèces, qui jusqu'à maintenant a été interdite par les lois sur la fécondation artificielle".

 

Les partisans de ces manipulations inter-espèces font valoir que, permettant de disposer de cellules souches embryonnaires au patrimoine génétique à 99% humain, elles faciliteront les recherches de traitements pour certaines affections comme la mucoviscidose ou la maladie d’Alzheimer. Mgr Sgreccia s’est élevé contre ce "mensonge médiatique" qui ne repose sur "aucun fondement scientifique", appelant à "ne pas créer, au nom de la compassion humaine, des illusions, sur des voies qui n’ont conduit encore à aucun résultat".

Ainsi, au nom d’un progrès thérapeutique théorique, la barrière séparant l’espèce humaine de toutes les autres vient de tomber : il n’existe, à ce jour, aucun essai clinique positif chez l’homme utilisant des cellules souches embryonnaires humaines à la différence des cellules souches adultes et issues de sang de cordon. Il y a de nombreux obstacles scientifiques avant que les cellules souches embryonnaires humaines n’ouvrent à une éventuelle utilisation clinique. Comment faire croire que les cellules embryonnaires hybrides homme-animal seraient plus compatibles avec l’homme ?

Si aujourd’hui de telles recherches sont interdites en France, la ministre de la Recherche, Valérie Pécresse, avait déclaré, en septembre dernier, à la suite de l’autorisation délivrée par la HFEA, qu’elle souhaitait "que l’Agence de la Biomédecine se saisisse dès maintenant des questions éthiques que suscite la décision britannique", d’autant qu’elles "pourraient émerger dans le cadre de la révision de la loi de bioéthique prévue en 2009". A la veille des Etats généraux de la bioéthique qui prépareront, dès début 2009, la révision de la loi de 2004, il est nécessaire de rester vigilant…