Rapport Ferry : faut-il autoriser le clonage « scientifique » ?


« Faut-il autoriser le clonage scientifique ? Les enjeux de la recherche sur les cellules souches »(1), tel est le sujet de la dernière note du Conseil d’Analyse de la Société dont le président délégué est Luc Ferry.

 

Des cellules souches décevantes

 

Le rapport présente un état des lieux relativement pessimiste de ce que peuvent laisser espérer les cellules souches tant adultes que fœtales ou embryonnaires issues de la fécondation in vitro. Même si la transplantation de cellules dérivées d’embryons surnuméraires est conceptuellement attractive,  le risque de rejet ne peut être exclu et les problèmes techniques restent nombreux.

Autoriser le clonage

Pourtant, les rédacteurs n’hésitent pas à affirmer : « Il nous semble nécessaire de modifier la loi afin d’autoriser le clonage scientifique » pour développer la recherche fondamentale sur les cellules souches embryonnaires, la recherche pharmaceutique et la compréhension des maladies génétiques, en espérant, dans un avenir plus lointain, une application thérapeutique du clonage.

 

Approvisionnement en ovocytes

 

Face au risque d’exploitation des femmes et de commercialisation des ovocytes nécessaires au clonage, les auteurs de cette note font remarquer que, dans le cadre de leur pluripotence, les cellules souches embryonnaires sont capables de donner naissance aux cellules sexuelles ; il y aurait donc là une source potentielle illimitée d’ovocytes qui résoudrait les problèmes éthiques et techniques liés à leur disponibilité. Par ailleurs, plusieurs milliers d’ovocytes surnuméraires seraient disponibles en France pour la recherche ; René Frydman, interrogé dans le cadre de ce rapport, estime qu’il n’y a pas de déficit d’ovules pour la recherche cognitive et qu’« on peut se mettre en ordre de bataille éthique pour en obtenir un nombre suffisant », en suscitant les dons ou même par prélèvement sur des cadavres…

 

Des arguments peu scientifiques

 

Ne pouvant utiliser l'argument thérapeutique (puisque le clonage n'est pas thérapeutique), R. Frydman a recours à l'argument décisif de la course en avant : « si l’on ne recourt pas à ces expériences, on ne participe pas au courant scientifique de notre époque ». Mais Claude Huriet ne s'y trompe pas et dénonce le lobbying en faveur de la recherche sur les cellules embryonnaires : « …la démarche non scientifique consiste à dire que les cellules souches adultes n’aboutiront à rien. Ces réactions sont avant tout idéologiques. Elles obéissent souvent à des considérations économiques et financières : les firmes internationales, qui investissent des sommes considérables dans la recherche, sont inquiètes de l’apparition de solutions alternatives qui pourraient modifier les perspectives de marché. (...) On estime en effet à plus de 15 milliards de dollars le marché des cellules souches utilisées en médecine régénérative.» 

 

1. Faut-il autoriser le clonage scientifique ? Les enjeux de la recherche sur les cellules souches, Rapport de M. Desnos, P. Menasché, J. Reiffers, suivi de deux entretiens avec C. Huriet et R. Frydman, Documentation Française, sept. 2006.