Nouveau dépistage anténatal de la trisomie 21


Une équipe de Hong-Kong a présenté dans The Lancet(1) un travail qui, selon elle, ouvrirait une nouvelle voie au diagnostic anténatal des maladies chromosomiques et en particulier de la trisomie 21, sur un simple prélèvement sanguin maternel.

 

Cette étude a été conduite chez 3 femmes enceintes de bébés trisomiques 21 et 10 femmes attendant des enfants normaux. Il y avait des fœtus des 2 sexes. Le diagnostic de trisomie 21 avait été porté par amniocentèse par prélèvement de villosités choriales (du placenta). Les échantillons de sang maternel ont été prélevés selon les cas avant et/ou après le prélèvement de liquide amniotique ou de villosités choriales à 12, 15, 17 ou 21 semaines de grossesse (on effectue les prélèvements de villosités choriales entre 9 et 12 semaines d’aménorrhée et les amniocentèses entre 16 et 19 semaines d’aménorrhée.) 

 

Technique utilisée 
On prélève 6 ml de sang maternel ; après centrifugation, lavage puis fixation, les cellules contenues dans la fraction plasmatique sont analysées par hybridation in situ en fluorescence (FISH) avec des sondes moléculaires (on désigne sous ce terme des séquences d’ADN plus ou moins longues marquées avec des fluorochromes) spécifiques pour les chromosomes 21, 13, 18 ou Y. Pour chaque échantillon sanguin 500 cellules sont examinées au microscope.

 

Les résultats 

​​

- Dans le sang des 3 mères attendant un enfant trisomique 21 on trouve des cellules contenant 3 signaux pour le chromosome 21 ; ces cellules trisomiques 21 représentent 0,4  à 0,8% des cellules examinées.

 

- Dans le cas du fœtus trisomique 21 masculin les cellules contiennent à la fois les 3 signaux du chromosome 21 et le signal du chromosome Y ce qui confirme que ces cellules viennent bien de l’enfant et non de sa mère. Le fait que l’échantillon sanguin ait été prélevé avant le prélèvement de villosités choriales indique que la présence de cellules fœtales dans le sang maternel ne découle pas du prélèvement de villosités choriales.

 

- A titre de confirmation le sang de cette mère est examiné avec une sonde spécifique du chromosome 13 et on retrouve des cellules contenant 3 signaux du chromosome 21 et 2 signaux du chromosome 13.

 

- De manière comparable le sang des 2 mères attendant des fillettes trisomiques 21 est étudié avec une sonde pour le chromosome 21 et une sonde pour le chromosome 18.

 

- Enfin le sang des 7 mères attendant des enfants normaux  est étudié avec la sonde pour le chromosome 21 et on ne retrouve chez elles aucune cellule contenant 3 signaux du chromosome 21.

Pour les auteurs le fait d’utiliser des échantillons sanguins prélevés après amniocentèse ou prélèvement de villosités choriales n’augmente pas artificiellement le nombre de cellules fœtales dans le sang maternel car :

 

- des études préliminaires n’ont pas montré de variation dans le contenu du sang maternel en cellules fœtales selon qu’il y ait eu ou non de geste invasif de diagnostic anténatal préalable.

 

- l’ADN fœtal est éliminé très rapidement du sang maternel avec une demie vie de quelques minutes.

 

- on a retrouvé dans le sang de 5 des 6 mères attendant un fœtus masculin des cellules contenant la sonde pour le chromosome Y avec une fréquence de 0,2 à 0,4% ; aucune cellule contenant la sonde pour le chromosome Y n’a été trouvée dans le sang des mères attendant une fille. 

 

Les auteurs concluent que leur méthode a le mérite d’être simple et de ne pas nécessiter de culture de cellules fœtales. Ils proposent donc de l’évaluer sur une grande échelle en suggérant qu’elle pourrait être une méthode d’avenir permettant la diminution de l’usage des méthodes invasives. Il n’en reste pas moins que cette technique soulève de nombreuses questions d’ordre méthodologique et scientifique et bien sûr éthique.  

(1) : The Lancet 25/11/2000