Thérapie cellulaire du cœur & clonage thérapeutique : l’embryonnaire reviendrait-il dans la course aux cellules souches ?


Deux cas particuliers ont récemment donné lieu à plusieurs publications qui semblent  brouiller les cartes en matière d’utilisation de cellules souches à des fins thérapeutiques : la thérapie cellulaire du cœur et le clonage dit « thérapeutique ». Gènéthique vous propose une plongée dans ces publications scientifiques pour démêler les avancées concrètes des effets d’annonce.

 

Thérapie cellulaire du cœur : 

 

beaucoup de bruit…    

 

Le cœur, comme le cerveau, attisent sans surprise l’intérêt des équipes scientifiques. Récemment la perspective de soigner des cœurs fatigués, victimes d’un infarctus via des injections de cellules souches a trouvé un nouvel écho. A l’origine deux publications quasi simultanées publiées dans la revue scientifique Nature.

La première souligne le fait que les publications scientifiques sur la thérapie cellulaire du cœur dont le protocole se base sur des cellules souches adultes ne présenteraient pas de bénéfice et que si bénéfice il y avait, il serait dû à un biais dans l’étude. La seconde publication semble présenter a priori un progrès dans l’utilisation des cellules souches embryonnaires pour soigner les fatigues du cœur : et plus particulièrement le risque lié au développement de tumeurs après injection de ces cellules, risque le plus répandu dans l’utilisation de cellules souches embryonnaires, semble pouvoir être contenu. Peut-on en déduire que les cellules souches adultes, jusqu’alors bien plus avancées que celles embryonnaires dans la thérapie du cœur seraient battues en brèche ? En réalité, non.

L’utilisation des cellules souches adultes (hématopoïétiques et mésenchymateuses, donc non-embryonnaires) pour la régénération myocardique après infarctus a été pratiquée depuis déjà longtemps. 

Une amélioration dans la fonction ventriculaire, faible, mais réelle, a toujours été notée après injection de cellules souches mésenchymateuses dérivées de la moelle osseuse. Cet effet positif post infarctus - augmentation de l’éjection ventriculaire, diminution de la mortalité, et amélioration globale un an après le traitement - est bien démontré dans les études les plus récentes (2) et (3).

Les mises en causes des effets des cellules souches adultes sont discutables. L’article de Nowbar AN et al.(4)qui jette le doute sur les cellules souches adultes, ne porte pas sur l’effet de ces cellules dans le traitement de l’infarctus du myocarde, chez l’homme, mais sur les inexactitudes rencontrées dans certains rapports. Face à des effets, certes modérés, mais réels, présentés dans le paragraphe précédant, les conclusions de cet article sont à relativiser.

 

L’article qui présente des avancées via les cellules souches embryonnaires n’apporte guère de nouveauté, dans un domaine où ce qui compte maintenant, ce sont les résultats chez les patients. Certes, il (5) présente la régénération par les cardiomyocytes dérivés de cellules souches embryonnaires du cœur de primates. Jusqu’alors cela n’avait été réalisé que sur la souris : le passage au macaque n’est pas anodin. Mais il met en garde vis-à-vis des complications possibles d’une telle opération, en particulier les arythmies (6). Comme les cardiomyocytes dérivés des cellules souches embryonnaires ne peuvent être injectés aux patients, sous peine de rejet immunologique,  l’étude ne fait pas prévoir de grands changements dans ce domaine de la régénération myocardique, chez les patients, par cellules souches, à moins qu’un institut ne décide de faire une épreuve clinique sous immunosuppresseurs avec ces cardiomyocytes, ce qui, d’un point de vue règlementaire, est loin d’être réalisable.

La récente interview dans le Figaro Santé du Pr Menasché (5 mai), ardent avocat de l’utilisation des cellules souches embryonnaires humaines en thérapie cardiaque, se termine d’ailleurs par un constat pour le moins prudent quant à l’utilisation thérapeutique de ces cellules.       

 

La vraie question demeure : pourquoi les recherches dans le domaine sur des iPS n’avancent-elle pas plus vite ?

 

En effet, la thérapie par cellules souches pluripotentes chez l’homme est bien plus conditionnée par la question du rejet immunologique que par les éventuelles tumeurs qui pourraient se développer. Par conséquent, logiquement le traitement par iPS dérivées du malade lui-même devrait prévaloir. Une publication parue mi mai dans Nature Medecine(7) pourrait d’ailleurs ouvrir de nouvelles perspectives :
des équipes d’Harvard associent iPS, thérapie génique et ingénierie cellulaire pour restaurer du myocarde chez des personnes atteintes d’une maladie génétique qui conduit à des insuffisances cardiaques. A suivre de près.

 

Clonage thérapeutique : le retour ?

 

Plusieurs annonces récentes viennent de démontrer que le clonage thérapeutique chez l’homme est possible. L’écho rencontré dans la presse se comprend en partie par le contraste avec le silence qui entoure cette recherche depuis le scandale du professeur coréen Hwang en 2005(8). Est-ce à dire pour autant que le clonage thérapeutique pourrait de nouveau concurrencer les autres moyens d’obtention des cellules souches pluripotentes (notamment les iPS) ? Pour rappel, la technique du clonage consiste à extraire le noyau cellulaire d’un ovocyte, à le remplacer par le  noyau d’une cellule prélevée directement sur le patient en attente de traitement. La division de l’ovocyte est lancée pour aboutir à un embryon au stade précoce duquel sont extraites des cellules souches.

L’objectif est  de produire un tissu génétiquement identique au patient ce qui permettrait d’éviter  les rejets observés avec des cellules souches embryonnaires "classiques".

Une entreprise qui demeure insoutenable sur le plan éthique, coûteuse, et limitée sur le plan de son application. Ces différents travaux récents montrent certes que le clonage thérapeutique est possible chez l’homme. Cependant les obstacles sont nombreux. D’abord cette technique consiste à créer des embryons, donc des êtres humains pour la recherche, ce qui éthiquement est indéfendable.

Ensuite les conditions sont très précises, et avec une efficacité limitée. Cette réussite a un intérêt théorique, mais n’a guère d’applicabilité pratique, en particulier pour une médecine régénérative. La disponibilité réduite d’ovocytes humains, les questions éthiques soulevées par la rémunération des femmes qui donnent leurs ovocytes d’une part et par l’enjeu de société abyssal que représente le clonage humain, la basse efficacité de la procédure de transfert nucléaire et le long temps nécessaire pour obtenir le doublage de la population de cellules souches embryonnaires humaines, font qu’une telle technique peinera à devenir une procédure de routine dans le domaine clinique.

On sait que les publications en la matière sont systématiquement accompagnées d’une grande couverture médiatique. Cependant cela est loin de prouver que ce clonage dit « thérapeutique » soit devenu une alternative crédible à l’usage des cellules iPS, plus discrètes, mais déjà répandues et très utiles dans les laboratoires

 

(2) Karantalis V, 2014, Nasseri BA, 2014,  Heldman  AW, 2014, Hare JM, 2012 (Etude Poseidon)

(3) Fisher SA, Brunskill SJ, Doree C, Mathur A, Taggart DP, Martin-Rendon E., Stem cell therapy for chronic ischaemic heart disease and congestive heart failure,Cochrane Database Syst Rev. 2014 Apr 29;4:CD007888. doi: 10.1002/14651858.CD007888.pub2.

(4) Nowbar AN, Mielewczik M, Karavassilis M, Dehbi HM, Shun-Shin MJ, Jones S, Howard JP, Cole GD, Francis DP; DAMASCENE writing group, Discrepancies in autologous bone marrow stem cell trials and enhancement of ejection fraction (DAMASCENE): weighted regression and meta-analysis.,m BMJ. 2014 Apr 28;348:g2688. doi: 10.1136/bmj.g2688.

(5) Chong JJ, Yang X, Don CW, Minami E, Liu YW, Weyers JJ, Mahoney WM, Van Biber B, Palpant NJ, Gantz JA, Fugate JA, Muskheli V, Gough GM, Vogel KW, Astley CA, Hotchkiss CE, Baldessari A, Pabon L, Reinecke H, Gill EA, Nelson V, Kiem HP, Laflamme MA, Murry CE. Human embryonic-stem-cell-derived cardiomyocytes regenerate non-human primate hearts, Nature. 2014 Apr 30. doi: 10.1038/nature13233. [Epub ahead of print]

(6)  Irrégularités du rythme cardiaque

(7) Wang G, McCain ML, Yang L, He A, Pasqualini FS, Agarwal A, Yuan H, Jiang D, Zhang D, Zangi L, Geva J, Roberts AE, Ma Q, Ding J, Chen J, Wang DZ, Li K, Wang J, Wanders RJ, Kulik W, Vaz FM, Laflamme MA, Murry CE, Chien KR, Kelley RI, Church GM, Parker KK, Pu WT., Modeling the mitochondrial cardiomyopathy of Barth syndrome with induced pluripotent stem cell and heart-on-chip technologies, Nature Medicine, 2014 May 11. doi: 10.1038/nm.3545

(8)  2013 par M.Tachibana, S.Mitalipov et ses collègues de l’Oregon National Primate Research Center (USA), de la réussite du clonage thérapeutique sur des cellules humaines, suivie ce mois-ci de deux annonces identiques par deux équipes différentes, l’une Coréenne (Young Gie Chung et Dong Ryul Lee de l’Université CHA de Séoul), l’autre américaine (Dieter Egli et collaborateurs, au New York Stem Cell Foundation Research Institute).