Contraception d'urgence: des pharmaciens réagissent aux accusations de "mauvaises pratiques"


La possibilité d'une clause de conscience pour les pharmaciens a suscité le débat durant l'été (cf. L’ordre des pharmaciens élabore son nouveau code de déontologie). A l'approche de la décision du Conseil de l'Ordre prévue début septembre, les témoignages de femmes relayés par les médias en forme de procès d’intention, se sont multipliés. Les clientes étant parfois invitées à dénoncer les professionnels. A leur tour, des pharmaciens réagissent et défendent une clause de conscience revendiquée par 85% d’entre eux.

 

 

Se sentant remise en cause par les récents articles, Sophie, pharmacienne, rappelle que les conditions de délivrance de la « pilule du lendemain » sont souvent complexes : « Le malaise initial de la patiente qui vient demander une contraception d’urgence, ici la pilule du lendemain, tend à lui faire ressentir comme hostile toute tentative de discussion ou toute remarque de la part du pharmacien à l’officine. C’est dire si l’acte n’est pas anodin ! ». Jean est lui aussi pharmacien. Il souligne les dangers d’une contraception qui, « pour des raisons idéologiques », échappe à toute traçabilité, à la réglementation pourtant extrêmement  contraignante et poussée qui encadre la vente et la distribution des médicaments (cf. Fallait-il encore étendre les conditions de mise à disposition de la pilule du lendemain pour les mineures ? et « Libre accès » de la pilule du lendemain aux mineures : Des paradoxes inexpliqués). Pour lui, « on peut raisonnablement considérer qu’une utilisation occasionnelle pourrait être sans danger, mais les pharmaciens qui délivrent ce produit savent que des jeunes filles le prennent plusieurs fois par an, voire plusieurs fois par mois. Ces pharmaciens savent donc que certaines mettent leur santé en danger. Le fait d’avoir supprimé toutes les dispositions usuelles destinées à garantir la sécurité sanitaire n’en fait pas un produit moins dangereux à utiliser ; au contraire, on a banalisé son utilisation et comment s’étonner qu’il soit autant utilisé ? Notre pays bat les records d’utilisation des pilules contraceptives, et aussi de pilules du lendemain, notamment chez les jeunes, mais aussi du nombre d’IVG. Les jeunes sont particulièrement victimes de cette banalisation, leur responsabilité est bafouée, puisqu’on leur offre, gratuitement, la solution pour pallier leur insouciance »[1]. Sophie rapporte le malaise de nombreux pharmaciens « sollicités pour ces délivrances, particulièrement chez les mineures, puisque le dispositif d’anonymat, de non traçabilité et de gratuité ne leur permet pas de sécuriser l’acte pharmaceutique, d’assurer le bon usage, et en conséquence de promouvoir le respect de la santé de la patiente ».

 

Cette distribution automatique de produits dangereux interroge quand « le laboratoire fabricant lui-même écrit qu’on ne connait pas avec précision le mode d’action de la pilule du lendemain…il s’agit en principe d’empêcher l’ovulation. Mais si l’ovulation a déjà eu lieu et qu’un nouvel être a été conçu, le produit va entrainer son élimination ». Détail pour certains, mais qui peut poser un vrai problème de conscience à d’autres pour des produits qui peuvent être délivrés dans un centre de planification familiale, ou encore dans un établissement scolaire ou universitaire pour les jeunes filles, mineures ou majeures. Alors « que l’on fiche donc la paix au pharmacien concernant ce produit puisqu’il est accessible ailleurs qu’en pharmacie », s’insurge Sophie. Elle rappelle par ailleurs que « le pharmacien n’est pas tenu de répondre positivement à toutes les demandes qui lui sont faites en officine, encore plus concernant la contraception d’urgence dont la pilule du lendemain. Tout simplement parce qu’il est professionnel de santé avant d’être commerçant. Le médicament n’est pas un produit comme les autres et le patient n’est pas un client comme les autres. Le pharmacien n’est pas un simple distributeur de boîtes ! ». 

 

Pour l’un comme pour l’autre la clause de conscience est une évidence. A ceux qui trouvent scandaleux que des pharmaciens, en conscience, ne souhaitent pas délivrer ces produits, Jean répond qu’ « un jour viendra peut-être où un scandale sanitaire éclatera du fait de l’inconscience des pouvoirs publics qui ont tout fait pour banaliser l’utilisation de ces produits ». Sophie, de son côté, estime que « le refus de vente de la part du pharmacien peut avoir une finalité pédagogique et rappeler que les nombreuses dérogations dont fait l’objet la contraception d’urgence, notamment la pilule du lendemain, n’exemptent pas le pharmacien de sa responsabilité personnelle à chaque fois qu’il dispense ce produit. Au contraire, il faut donner au pharmacien la pleine liberté d’exercer cette responsabilité en lui accordant la clause de conscience comme à tous les autres professionnels de santé ».