Course aux données de santé : la nouvelle ruée vers l'or ?



Dans les États d'Europe de l'Est, de la Hongrie et de la Pologne à la Roumanie, un nombre croissant de personnes se tournent vers la santé privée. Cette évolution est liée à d’une part une hausse des salaires mais aussi à la faiblesse des dépenses de santé publique, qui a souvent conduit à des pénuries de personnel et à de longs délais d'attente pour les examens médicaux et les interventions chirurgicales.

 

Aujourd'hui, les grands acteurs de l'assurance dans la région, notamment PZU, Generali, Vienna Insurance Group (VIG) et Allianz, cherchent à recueillir et à analyser les données des patients sur ce marché en pleine croissance afin d'améliorer l'évaluation des risques et la tarification. Pour Gabriella Almassy, directrice générale de la division hongroise de VIG, « les données sont le fondement de l'avenir », ajoutant qu’elles seraient essentielles pour déterminer les zones potentielles de profit du marché de l'assurance maladie de plus en plus concurrentiel de la région.

 

Aussi, de nombreux assureurs s'associent à des sociétés technologiques telles que la jeune entreprise polonaise Infermedica, dont le logiciel analyse les informations médicales anonymes pour fournir des diagnostics préliminaires. « Nous assistons à un boom des données sur la santé qui ressemble au boom des données financières d'il y a 10-15 ans, lorsque le secteur bancaire a beaucoup changé », a déclaré Maciej Malenda, responsable des partenariats chez Infermedica, qui travaille avec PZU et Allianz, qui considère que la conquête de ce marché offre les opportunités d’une nouvelle « ruée vers l'or ».

 

Les données sur la santé sont de plus en plus convoitées par les assureurs et les entreprises technologiques du monde entier. A titre d’exemple, annoncés à la fin de l'année dernière Google a planifié d'acheter le fabricant de traceurs de forme physique Fitbit pour 2,1 milliards de dollars. L'accord apportera au géant du web une mine de données recueillies par des millions d'appareils Fitbit, qui surveillent les habitudes quotidiennes des utilisateurs : pas, calories brûlées, rythme cardiaque et la qualité du sommeil,...

 

Le potentiel du marché des soins de santé privés en Europe de l'Est est énorme, en raison entre autres de son faible degré de saturation comparé aux marchés occidentaux plus matures, mais la rareté des données peut rendre difficile, voire imprudente, l'identification des tendances et compliquer la tarification des risques.

 

L’autre défi auquel est confronté le marché régional naissant est la garantie de la confidentialité et de la sécurité des données. Les risques ne sont pas écartés : en octobre, lors du piratage de l'Institut national de pharmacie et de nutrition de Hongrie, des données de milliers de patients ont été divulguées par des pharmacies et des grossistes en médicaments. Ailleurs en Europe, un trust hospitalier britannique a été attaqué par les autorités chargées de la protection de la vie privée il y a deux ans pour utilisation abusive de données, après avoir transmis les informations personnelles d'environ 1,6 million de patients à la société d'intelligence artificielle Google DeepMind (cf. Les données de santé du Royaume-Uni exploitées par Amazon ?).

 

Malgré les difficultés d’évaluation actuel des risques, le porte-parole Wolfgang Haas de VIG estime que « c'est là que nous voyons le plus grand potentiel pour l'avenir ».

 

Pour aller plus loin :

La Certification d’hébergeur de données de santé en France accordée à des sociétés privées : les professionnels de la santé s’inquiètent Google et les données de santé : la « nouvelle forme de marchandisation du corps humain »

Données de santé : le Conseil de l'Europe fait ses recommandations


Sources: 

Reuters, Gergely Szakacs et Alicja Ptak (09/01/2020)