Covid 19 et projet de Loi Bioéthique : en marche « vers une pénurie de gamètes »



Le 19 juin, après une interruption de plusieurs mois en raison de la Covid-19, l’Agence de biomédecine a de nouveau autorisé les Centres de conservation des œufs et du sperme (Cecos) à recueillir des gamètes. Les Cecos emboitent ainsi le pas de l’assistance médicale à la procréation qui a repris dès la fin du confinement.

 

Plusieurs facteurs font cependant craindre une pénurie de gamètes dans les prochains mois. En premier lieu, le recueil d’ovocytes, alors que le risque Covid n’est pas totalement écarté, est risqué pour la donneuse. Selon Nathalie Rives, qui dirige la Fédération des Cecos, « la prise en charge des donneuses (…) peut entraîner une augmentation des risques trombo-emboliques, pouvant donc rendre les patientes particulièrement à risque si elles contractaient le Covid ».

 

Par ailleurs, craignant une contagion des gamètes par le Covid, certains professionnels de la procréation hésitent quant à la conduite à tenir avec les dons recueillis depuis l’automne. Ainsi, « par mesure de précaution », la Fédération des Cecos recommande de « mettre de côté » tous les dons de sperme recueillis depuis fin août 2019. Concernant les nouveaux recueils de gamètes, « les donneurs – de sperme comme d’ovocytes – se verront soumettre à deux tests, espacés dans le temps, pour détecter le Covid-19 ».

 

Enfin, deux mesures du projet de loi de bioéthique pourraient avoir « un impact important » sur les stocks de gamètes. La première concerne la levée de l’anonymat des donneurs, qui serait susceptible d’entraîner une baisse du nombre de donneurs. L’anticipation de ce changement législatif a d’ores et déjà provoqué une baisse des donneurs. Surtout, « l’extension de la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules entraînera mécaniquement une hausse de la demande des inséminations artificielles » (cf. PMA pour toutes : l'impact du projet de loi sous-évalué). La demande « pourrait ainsi être multipliée par deux ou trois », alors qu’aujourd’hui les dons existants couvrent tout juste la demande.

 

Pour aller plus loin :

Covid-19 : la PMA redémarre, pas les dons de gamètes

Levée de l'anonymat : les donneurs de gamètes ne sont pas d'accord

Projet de loi bioéthique : PMA pour toutes et don de gamètes, précisions des ministres

Une enquête nationale sur l’information des enfants nés par don de gamètes

Le don de gamètes : une bombe à retardement ?


Sources: 

La Croix, Loup Besmond de Senneville (25/06/2020)