Covid-19, un prétexte pour modifier les conditions du diagnostic in utero de la trisomie 21 ?


Alors que la crise sanitaire a conduit nombre de médecins à batailler pour la vie, elle a été l’occasion pour d’autres, de faciliter le recours aux avortements d’enfants trisomiques en gestation.

 

Il existe sur le marché un test de dépistage prénatal non invasif de la trisomie 21 (DPNI) présenté comme fiable à 99% (cf. Irlande : informer sur les failles des tests de dépistage prénatal) et précoce, il est utilisable à partir de la 10ème semaine de grossesse. Ce nouveau dépistage est capable de rechercher le chromosome 21 surnuméraire dans l’ADN fœtal circulant dans le sang maternel (cf. Les nouveaux tests de diagnostic prénatal non invasif (DPNI)). Depuis janvier 2019, ce test est systématiquement proposé en France à toutes les femmes enceintes dont le niveau de risque a préalablement été évalué entre 1/50 et 1/1000 et non plus 1/250 comme précédemment (cf. L’ABM anticipe l’entrée du DPNI dans la stratégie française de dépistage de la trisomie 21), à l’issue du dépistage par dosage des marqueurs sériques. Lorsque ce test de dépistage est positif, il est en principe obligatoirement suivi d’une amniocentèse qui confirmera ou non les résultats du test de dépistage et permettra au médecin de poser un  diagnostic.

Le Dr Priya Kadam, directeur associé - Génomique de la reproduction, de MedGenome Labsq, a révélé une pratique qui existe en Inde depuis le début de la crise sanitaire quant au déroulement de la procédure de dépistage et de diagnostic de la trisomie 21.

 

Selon elle, la Covid-19 a placé le dépistage prénatal non invasif de la trisomie 21 « au premier plan car il offre un dépistage de haute précision avec un faible risque d'infection par rapport aux procédures invasives telles que l'amniocentèse et le prélèvement des villosités choriales, qui peuvent toutes deux nécessiter une hospitalisation, ce qui peut exposer le médecin et le patient au risque d'infection au COVID ». En Inde, le docteur Kadam précise qu’il y a eu « une augmentation de la prescription » de ce type de test pendant la crise sanitaire notamment parce que les procédures nécessitant d’être effectuées à l’hôpital ont diminué mais aussi parce que certains patients pouvaient craindre une infection par le COVID. On comprend ici que, pendant la crise sanitaire, un résultat positif du dépistage pour la trisomie 21 n’a plus été suivi d’une amniocentèse pour poser le diagnostic (cf. Le DPNI pour remplacer le « dépistage standard » de la trisomie 21 ?) . Il est à craindre que les médecins aient réalisé des interruptions de grossesse sur la base de résultats d’un unique test de dépistage sans prendre le temps de poser le diagnostic.

 

Le recours à l’interruption de grossesse pour cause de trisomie s’en trouve dès lors très largement facilité (cf. Angleterre : moins de bébés trisomiques à cause du DPNI). Or, les propos du Dr Kadam laissent à penser que cette pratique pourrait se pérenniser. Selon elle, le DPNI est une « bonne alternative » puisqu’il est d’une « grande précision » et qu’il entraine « une gêne minimale » pour le patient. « Cette tendance devrait se poursuivre (…) ». Cette pratique aura nécessairement tendance à précipiter les prises de décisions des couples concernés. Elle pourrait aussi conduire à une élimination in utero de 100% des bébés porteurs de trisomie 21 (cf. Dénonciation d’un eugénisme de masse dans le cadre du diagnostic prénatal et Conseil des droits de l'homme de l'ONU : L'eugénisme libéral en question ).

 

Que s’est-il passé en France ? Présenté comme un simple préalable au diagnostic et donc à l’amniocentèse, la mise en place de ce test s’est accompagnée de paroles rassurantes. Mais il est toujours à craindre, qu’au regard de sa fiabilité annoncée (cf. Le DPNI pour remplacer le « dépistage standard » de la trisomie 21 ?) , ce test ne vienne supplanter ce dernier examen, souvent présenté comme étant à risque pour le fœtus. Pourrions-nous dès lors camoufler encore longtemps la traque des enfants porteurs de trisomie 21 dans le sein maternel dans une société qui se targue d’inclusion ?

 

Pour aller plus loin :

« Penser la bioéthique, c’est refuser que l’eugénisme libéral imprègne insidieusement nos mentalités »

"Bébés sur mesure" sur Arte : du mythe de l'enfant parfait à l'eugénisme