CRISPR : A l’Inserm, la « prudence » est de mise… temporairement


L’Inserm s’intéresse de près aux enjeux éthiques de la technologie CRISPR-Cas 9[1]. Autosaisi par son PDG en juin 2015, le comité d’éthique (CEI) a rendu en février un avis « sous forme de notes qui peuvent évoluer ». Réuni mi-juin 2016 pour sa journée annuelle, le comité d’éthique a renouvelé ses recommandations. Pour l’heure, « la prudence est de mise », explique Hervé Chneiweiss : il faut « respecter l’interdiction de toute modification du génome nucléaire germinale à visée reproductive dans l’espèce humaine » et « n’appuyer aucune demande de modification des conditions légales avant que les incertitudes concernant les risques soient clairement évaluées ».

 

Cette prudence est donc toute relative, et temporaire. Avant d’aller plus loin, le comité d’éthique de l’Inserm « encourage » la recherche pour évaluer l’efficacité et l’innocuité de la technique CRISPR « y compris sur des cellules germinales et l’embryon ». Tout est motif à promouvoir la recherche sur l’embryon (cf. « Toujours plus » : Le leitmotiv du comité d’éthique de l’Inserm pour la recherche sur l’embryon , Inserm et recherche sur l'embryon : Vous avez dit "éthique" ?).

 

Comme l’Académie de médecine (cf. CRISPR : L’Académie de médecine publie un rapport inquiétant), le CEI ne voit pas l’intérêt d’utiliser CRISPR « là où des techniques comme le dépistage préimplantatoire ou le dépistage prénatal semblent couvrir la majorité des besoins relatifs à la transmission à sa descendance des maladies rares d’origine génétique ». La destruction est d’un « intérêt supérieur » comparé aux tentatives de traitements.

 

La note de l’Inserm fait plus grand cas du « gene drive » chez les animaux[2] et des « risques d’atteintes à l’environnement ». Il faut des évaluations « sur le long terme », prévoir des « mesures de réversibilité » et envisager une « gouvernance internationale » à ce sujet.

 

Enfin l’Inserm ne cache pas que « les enjeux financiers sont énormes, se chiffrant déjà en centaines de millions d’euros investis ». Plus d’une dizaine d’entreprises de biotechnologies ont mis sur le marché des produits ou services dérivés de CRISPR, et font pression par peur de perdre leurs parts de marché.

 

L’Académie de médecine et le comité d’éthique de l’Inserm s’entendent donc pour promouvoir, sous couvert de prudence, la recherche sur l’embryon. Qu’en sera-t-il des conclusions de l’OPECST[3] et du CCNE[4] ?

 

[1] Cf. CRISPR-cas 9, d’un simple système bactérien à des enjeux éthiques complexes , L’avant CRISPR-cas 9 : les premiers pas de l’édition du génome

[2] Cf. Moustiques génétiquement modifiés : Prudence !

[3] Office Parlementaire d’Evaluation des Choix Scientifiques et Technologiques.

[4] Comité Consultatif National d’Ethique.