Débat sur SudRadio : Un enfant à la carte ?


Sud Radio proposait ce matin une émission sur la question du choix du sexe de son enfant. Une question qui est d’actualité en Australie, où le Conseil National sur la Santé et la Recherche Médicale a déposé un texte de recommandations éthiques sur la PMA, proposant entre autre aux couples de choisir le sexe de leur enfant (cf. Gènéthique du 28 aout 2015). Une consultation publique des australiens est en cours jusqu’au 17 septembre.

 

Aimeriez-vous choisir le sexe de votre enfant ? Un enfant à la carte ? Trois personnalités intervenaient dans le débat : Claude Hemau, spécialiste de la PMA et professeur émérite de la faculté de Montpellier,  Bernard Hedon, directeur du CNGOF[1], et Tugdual Derville, délégué général d’Alliance VITA.

 

A la question, « proposer le choix du sexe de son enfant, est-ce une dérive ou un progrès » ? Bernard Hedon, qui s’exprime au nom du CNGOF, répond en se plaçant sur le terrain médical. Il s’interroge sur « ce qui est bon pour la santé de la femme ». Or, « même si les traitements pour la PMA sont bien maitrisés, ils ne sont pas anodins ». Cela ferait « payer cher aux femmes le choix du sexe de l’enfant ».

Selon lui la France est plus « frileuse » sur ces questions de société, « cela permet de garder une certaine distance face aux évolutions de la science, et d’en garder les bons côtés ».

 

Claude Humeau, auteur d’un ouvrage sur le sujet, apporte quelques chiffres au débat : en Europe, « deux tiers des couples s’en remettraient au hasard » quant au sexe de leur enfant ; « sur le tiers restant, 15% souhaiteraient choisir ». La proposition australienne pour ce spécialiste de la PMA « ne poserait pas de problème d’équilibre des sexes », ce déséquilibre « existant déjà avec les pays d’Asie du Sud Est ». Pour la France, « 300 000 couples se forment chaque année, si 15% choisissaient la PMA sans raison médicale mais pour choisir le sexe de leur enfant, cela représenterait 50 000 FIV : une catastrophe financière ». « Ce n’est pas une priorité en médecine », conclut-il.

 

Intervenant ensuite sur le fond de la question, Claude Humeau appelle à « faire très attention » : « le choix du sexe est la première étape vers l’enfant à la carte. Si on accepte cette première étape on accepte l’idée de la suivante ». Le principe éthique d’« indécidabilité » selon lequel « on ne peut pas décider des qualités d’un être humain » serait mis à mal.

 

Enfin Tugdual Derville se situe sur un plan philosophique et explique que « nous avons tous besoin d’un accueil inconditionnel à chaque instant de notre vie », c’est une question de « respect profond de la personne ». La solution pour lui est d’« entendre le désir » tout en « exprimant un tabou sur le choix de l’enfant ».  Le « fantasme de l’enfant zéro défaut » conduit à « la catastrophe » et soumet l’enfant à la « toute puissance de ses parents ». Or « nos descendants ont des droits », particulièrement « celui d’être accueillis sans être triés ». Il cite Jacques Testart, père du premier bébé éprouvette, qui lui voit dans ces propositions s’établir « un système de rejet du plus faible ».

 

Note de Gènéthique : En France, l’usage du DPI pour choisir le sexe de son enfant est interdit. Le Comité Consultatif National d’Ethique s’était exprimé en 2009 sur cette question : « Le CCNE estime que le recours au DPI au motif que la qualité de la vie de la famille serait augmentée par la possibilité de choisir le sexe d’un futur enfant (« family balancing ») n’est pas recevable. Ces pratiques suscitent malaise et réticence parce qu’elles réduisent la gravité à une question de perception subjective, sans substrat biologique. Seul l’intérêt (supposé) des couples est pris en compte. L’enfant est traité comme un objet qui obéit à la commande et à la programmation. De même, le DPI ne saurait être accepté au motif que l’enfant gagnerait en qualité de vie s’il bénéficiait de la particularité sensorielle qui lui permettrait de s’intégrer dans une communauté (choix d’avoir des enfants porteurs d’une surdité d’origine génétique lorsque les deux parents sont eux-mêmes sourds par exemple). Ces usages du DPI constituent des formes de dévoiement de la médecine, sa réduction à une ingénierie biologique. »

 

 

[1] Conseil National des Gynécologues et Obstétriciens Français