Derrière la lutte contre le sida, la promotion de l'IVG continue


« Améliorer la santé sexuelle[1] des français » à l’horizon 2030. Il s’agit surtout, si l’on en croit la communication faite autour de ce rapport, de « renforcer la prévention et le dépistage du sida et des infections sexuellement transmissibles (IST) ». Mais derrière cet objectif louable, la «stratégie nationale de santé sexuelle » élaborée par le ministère de la santé contient des mesures bien plus discutables (cf. Marisol Touraine veut améliorer la « santé sexuelle » des français).

 

L’Axe III de cette stratégie, intitulé « améliorer la santé reproductive », vise à « garantir la possibilité pour les personnes, de choisir de concevoir des enfants si elles le souhaitent et quand elles le désirent, dans le cadre d’une sexualité satisfaisante, responsable et sûre ». La question de l’infertilité est laissée de côté, la priorité est à la « réduction du nombre de grossesses non désirées et non prévues [2] », et à l’« amélioration de l’accès au choix de la contraception adaptée ».

 

Pour atteindre ces deux objectifs, quelques-unes des mesures proposées sont :

 

  • Augmenter le nombre de centres de santé universitaires et de maisons de santé proposant les IVG, en impliquant les sages-femmes qui peuvent désormais les pratiquer,
  • Revaloriser le forfait IVG médicamenteuse ou chirurgicale pour inciter les professionnels à le pratiquer,
  • Simplifier le parcours IVG en France (il faut que 90% des demandes d’IVG soient prises en charge dans les 5 jours),
  • Renforcer la formation des professionnels de santé en matière de contraception et d’IVG,
  • Augmenter les stérilisations (4% des françaises y avaient eu recours en 2013), en informant les français et en rémunérant mieux les médecins pour ces actes,
  • Permettre aux services de santé universitaires de prescrire des moyens de contraception.

 

« Améliorer la santé sexuelle des français » passe aussi par une prise en charge à 100% par l’assurance maladie des stérilets et implants contraceptifs et l’extension de la prescription de contraception et la pratique d’IVG médicamenteuse par les infirmières et les conseillères conjugales et familiales (ces deux mesures sont à l’étude).

 

Aujourd’hui 80% des femmes de 15 à 49 ans sont sous contraceptifs[3]. 220 000 avortements sont pratiqués chaque année. Alors qu’on déplore régulièrement de la baisse de la fécondité, la priorité affichée de nos autorités en faveur de l’IVG et les moyens incitatifs qu’elles prennent sont choquants.

 

Au lendemain de la polémique sur le délit d’entrave numérique à l’IVG, a-t-on voulu faire passer ces mesures par le détour de la lutte contre les IST, par crainte d’une nouvelle levée de bouclier ?

 

[1] La notion de santé sexuelle a été définie en 2002. Il s’agit selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) d’un « état de bien-être physique, émotionnel, mental et social en matière de sexualité et non pas simplement l’absence de maladies, de dysfonctionnements ou d’infirmités. La santé sexuelle exige une approche positive et respectueuse de la sexualité et des relations sexuelles, ainsi que la possibilité d’avoir des expériences sexuelles agréables et sécuritaires, sans coercition, ni discrimination, ni violence. Pour atteindre et maintenir une bonne santé sexuelle, les Droits Humains et Droits sexuels de toutes les personnes doivent être respectés, protégés et réalisés ».

[2] D’après l’Ined en 2008, 1/3 des grossesses en France est non programmé, et "aboutit 6 fois sur 10 à une IVG malgré un niveau de contraception élevé".

[3] Chiffres de la Drees, publiés en juin 2016.

 

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