Des cellules souches pour traiter les animaux de compagnie ?


« Plusieurs petites entreprises françaises parient sur le développement de la thérapie cellulaire pour les animaux, surfant sur les progrès de la recherche médicale humaine » pouvait-on lire récemment dans plusieurs journaux. Un marché « prêt à décoller », que trois jeunes entreprises se partagent  en France : Normandy Biotech, StemT et Vetiobank. Quels types de cellules souches utilisent-elles ? Quels problèmes éthiques soulèvent ces pratiques ? Des dérives sont-elles à craindre ? Jacques Suaudeau répond à ces questions pour Gènéthique.

 

Les investigations sur les propriétés thérapeutiques des cellules souches chez l’homme ont montré depuis de longues années les bienfaits que l’on pouvait obtenir dans les maladies inflammatoires et dégénératives par l’administration de cellules souches adultes – en particulier du type mésenchymateux, obtenues à partir de la moelle osseuse. Plus récemment de nombreuses autres sources de cellules souches mésenchymateuses ont été explorées avec succès – dont les cellules souches mésenchymateuses trouvées dans le tissu adipeux. De telles cellules, très jeunes, peuvent aussi être isolées à partir du placenta ou du sang de cordon ombilical. Les meilleurs résultats sont obtenus lorsque les cellules souches sont prélevées sur le patient lui-même, pour être multipliées en culture hors de son corps (in-vitro) puis réinjectées à ce patient (auto-greffe).  Mais l’allogreffe (cellules venant d’un sujet donneur) de cellules souches adultes est nettement plus économique et peut se faire sans délai d’attente. Les cellules destinées à l’allogreffe peuvent être développées de façon industrielle, en culture, et sont proposées dans le commerce. Leur efficacité est cependant moindre, et elles posent  des problèmes immunologiques, de réaction et de rejet.

 

En parallèle, de grands efforts ont été développés pour l’utilisation des cellules souches embryonnaires chez l’homme. Celles-ci devraient pouvoir donner des résultats supérieurs à ceux obtenus avec les cellules souches hématopoïétiques ou mésenchymateuses, adultes, mais la recherche en est encore au stade expérimental à leur sujet. De plus, elles posent un grave problème éthique puisqu’elles sont obtenues à partir d’embryons humains qui sont détruits à cet effet.

 

Considérant les bénéfices thérapeutiques des cellules souches ainsi prouvés chez l’homme, l’industrie vétérinaire a appliqué de longue date cette technique aux animaux de compagnie (chiens et chats), ou aux animaux domestiques de prix (chevaux en particulier). Ce développement vétérinaire des thérapies par cellules souches s’est fait aux Etats-Unis et au Royaume-Uni. Il débute en France. Il y a peu de publications scientifiques, statistiques, sur leurs résultats concrets.

 

L’utilisation de cellules souches dans un but thérapeutique chez les animaux domestiques pose-t-elle des problèmes éthiques ? A priori non, si l’on respecte une certaine proportionnalité des soins, et que les dépenses ainsi occasionnées restent raisonnables. L’efficacité de ces traitements sera aussi à vérifier, et elle est difficile à apprécier.

 

Les vétérinaires ont recours essentiellement aux cellules souches mésenchymateuses. Celles-ci peuvent être extraites de l’animal à traiter lui-même (auto-greffe), à partir de la moelle osseuse ou du tissu adipeux, par biopsie de ces tissus. Mais l’opération est coûteuse et demande du temps pour être mise en œuvre (le temps de multiplier hors de l’animal les cellules souches ainsi prélevées). Le plus souvent les vétérinaires utilisent en fait des cellules souches mésenchymateuses venues d’animaux donneurs (allogreffe), préparées sur le mode industriel, et proposées commercialement. Ces cellules viennent le plus souvent du tissu adipeux, parfois aussi du placenta. Il n’y a là aucun problème éthique, si ce n’est que ces cellules sont moins efficaces, et peuvent donner lieu à des réactions immunologiques. Il est donc conseillé aux propriétaires de ne confier leurs animaux domestiques qu’à des vétérinaires expérimentés dans l’usage des cellules souches, et qui peuvent prouver de façon scientifique et statistique l’efficacité de leur intervention.  

 

Le problème éthique se posera lorsque, pour des raisons de facilité et de moindre coût, la tentation viendra d’utiliser des cellules souches d’origine humaine chez l’animal, après traitement de ces cellules pour les rendre plus compatibles sur le plan immunologique. Si, en particulier, l’industrie des cellules souches embryonnaires humaines se développe, une telle tentation sera grande. En effet, les cellules souches embryonnaires humaines sont de loin plus faciles et certainement moins chères à obtenir que des cellules souches embryonnaires animales. Si ça n’est pas encore le cas aujourd’hui, il y a fort à craindre que de telles manipulations soient avérées à l’avenir. L’immoralité de l’usage chez l’homme des cellules souches embryonnaires humaines s’appliquerait sans restriction à leur usage chez l’animal. De plus, de telles cellules souches embryonnaires humaines pourraient se nicher et se développer dans des organes sensibles comme le cerveau, posant le problème de la présence de neurones humains dans un cerveau  animal.