Des cours d'éthique pour les futurs médecins : quid du serment d'Hippocrate ?


Dans les facultés de médecine, l’enseignement de l’éthique est loin d’être prioritaire : seules « 13% des universités dispenseraient une formation éthique entre la 2e et la 6e année. (…) Aucun état des lieux n’existe pour le 3 cycle »[1]. Aussi, le 2 juillet, le Comité Consultatif National d’Ethique (CCNE) et la Conférence nationale des espaces de réflexion éthique régionaux (CNERER) viennent conjointement d’envoyer un appel aux présidents de centres hospitaliers, des commissions médicales d'établissements, des universités et aux doyens de médecine pour leur suggérer de mettre à profit « la modification importante en cours des études médicales » pour « impulser une nouvelle dynamique collective dans la formation à l'éthique et dans l'éthique du soin ».

 

« L’explosion des connaissances et de leurs applications dans le domaine médical » interpelle « sur la place de l’humain dans cette médecine du futur », expliquent les rédacteurs qui plaident pour une formation « à la délibération au cœur des pratiques médicales ».

 

Si l’initiative est particulièrement judicieuse, elle ne manque cependant pas d’inquiéter : de quelle éthique en effet sera-t-il question au cours des études (cf. Ethique ou morale : pourquoi les distinguer ?) ? Dès l’avant propos, les rédacteurs insistent certes sur la rigueur, mais aussi sur « une co-construction des réponses ou des recommandations ».  Ainsi, il ne s’agit plus de partir de la réalité, du donnée de la nature mais de « mettre à plat des arguments pour cheminer vers un consensus éventuellement en explicitant des points de butée ». Et un peu plus loin, le document stipule que « l’objectif de l’initiation à l’éthique ne doit pas être de transmettre un cours didactique à la manière d’un savoir préétabli, mais de faire partager une réflexion éthique sur le sens de la démarche de soin ». En fait, il s’agit d’enseigner « l’humilité de l’incertitude ». Une dose supplémentaire de relativisme pour pourvoir tout justifier ?

 

Dans un contexte de chosification de l’humain, quelle position sera mise en avant sur des thématiques telles que la fin de vie ? Alors que le corps humain est en train de s’affirmer comme le nouveau marché émergeant du XXe siècle, entre organes, gamètes, enfants à naître, génome… ces cours d’éthique seront-ils seulement un nouveau tour de passe-passe pour légitimer, jusque dans la formation des futurs médecins, une éthique dont on s’inquiète de savoir si elle sera encore un peu teintée des grands principes du serment d’Hippocrate.

 

Pour aller plus loin :

Une Master-Class science et éthique pour bosster sa pratique médicale