Des intérêts financiers à l’origine des pressions visant à intégrer le DPNI dans le dépistage de la trisomie 21 ?


A l’occasion de son Congrès de Montpellier qui s’est tenu les 16 et 17 juin, la Société française de médecine prédictive et personnalisée (SFMPP) a demandé aux pouvoirs publics d’adopter un nouveau test dans le dispositif actuel de dépistage prénatal (cf. La Société de médecine prédictive et personnalisée assume un eugénisme libéral). Jean-Marie le Méné, président de la Fondation Jérôme Lejeune, réagit.

 

Gènéthique : La presse a fait largement écho de la demande d’introduction d’un nouveau test de dépistage prénatal de la trisomie 21. Quel est l’enjeu ?

Jean-Marie Le Méné : Ce test permet l’évaluation du risque de trisomie 21 avec une capacité de ciblage supérieure à celle des outils actuels, ce qui conduirait à diminuer le recours à l’amniocentèse, sans cependant la remplacer, contrairement à ce qui est avancé dans les messages simplistes des promoteurs du test. La SFMPP demande aussi son remboursement par la sécurité sociale.

Lancée sur le marché américain depuis 2010, cette technique arrive en Europe et draine avec elle des intérêts financiers colossaux, comme j’ai pu le démontrer dans mon dernier livre Les premières victimes du transhumanisme (cf. Transhumanisme et eugénisme : L’humanité en question ? et Le marché du dépistage prénatal de la trisomie 21 relève du transhumanisme).

 

G : La question de l’eugénisme est-elle la seule ?

JMLM : Je m’interroge sur les conflits d’intérêts qui sont en jeu derrière cette demande, et je ne peux manquer de remarquer la présence à ce congrès d’intervenants et de sponsors liés à la commercialisation du nouveau test :

  • Le laboratoire Roche, sponsor du congrès, est propriétaire d’Ariosa Diagnostics qui commercialise le test de dépistage prénatal HarmonyTM.
  • Multiplicom, sponsor du congrès, commercialise Clarigo, un nouveau test de DPNI « low-cost » (250 €). Le docteur Hanna Aïssaoui, intervenante au congrès, est directrice de l’équipe Multiplicom en France.
  • Illumina, sponsor du congrès, est une société spécialisée dans le séquençage de l’ADN. Et détient une grande part du marché des machines de séquençage.
  • Dr François Jacquemard  : intervenant au congrès, gynécologue-obstétricien, coordonnateur du centre pluridisciplinaire de Diagnostic Prénatal de l’Hôpital américain de Paris, a déjà pratiqué plus de 5 000 DPNI avec les firmes Sequenom et Cerba qui commercialisent le test.

 

G : Dans son communiqué du 17 juin 2016, la SFMPP pointe « des enjeux économiques sont très importants ». Pour vous, quels sont-ils ?

JMLM : Les enjeux financiers sont effectivement importants. Dans son avis du 25 avril 2013, le Comité Consultatif National d’Ethique (CCNE) a estimé le « marché » du dépistage de la trisomie 21 à 1 milliard d’euros par an.

Dès lors, on comprend pourquoi les promoteurs des tests déploient un lobbying actif. Par contre, on comprend moins l’engouement avec lequel cette information a été relayée, alors que cette nouvelle technique va achever l’éradication des enfants trisomiques avant leur naissance. C’est le véritable enjeu de cette nouvelle technique : elle aggrave la dimension eugénique du dépistage prénatal de masse pratiqué en France depuis 20 ans. L’humanité des personnes atteintes de trisomie n’a pas de prix. Mais en France, elle n’a plus aucun prix.

 

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