Des neurones humains greffés dans un cerveau de souris



Jeudi dernier, des chercheurs de deux universités belges[1] ont annoncé avoir greffé des neurones humains, obtenus de cellules souches embryonnaires humaines, dans le cerveau de souriceaux. Ces expériences sont menées « depuis plusieurs années » dans le but lointain de « réparer les cerveaux blessés », via la compréhension des mécanismes « qui sous-tendent la formation et le développement des circuits neuronaux ».

 

Publiés dans la revue Neuron, ces travaux montrent qu’une fois greffés dans le cerveau de souris, les neurones humains se développent « de la même manière que dans un cerveau humain, avec une période de maturation de plusieurs mois caractéristique des neurones humains ». En outre, ils ont été « capables de fonctionner au sein de circuits neuronaux de la souris, par exemple en répondant à des stimuli visuels de l’environnement et réagir différemment en fonction du type de stimulus ». Enfin, ils se sont « intégrés avec les neurones environnants » : tout en étant « jeunes », ils se sont adaptés à l’environnement murin « adulte », ce que les chercheurs interprètent comme une promesse pour le traitement de la neurodégénérescence.

 

Dans les colonnes du journal belge Le Soir, des militants contre les expériences sur l’animal[2] ont réagi à cette annonce, accusant les chercheurs de « pervertir la science » par leurs expériences. « Les neurones du cerveau fonctionnent comme un orchestre. Sachant que souris et homme sont séparés par 70 millions d’années d’évolution, on se demande alors que feront ces neurones humains parmi les 75 millions de neurones du cerveau de la souris ? » interrogent-ils. Ils appellent les chercheurs à expliquer « leur démarche dans le cadre d’une Commission d’enquête parlementaire sur la validité du modèle animal », et les comités d’éthiques à intégrer des « représentants de la protection animale ».

 

NDLR : Ces recherches interpellent à plusieurs niveaux :

  • l’utilisation controversée de cellules souches embryonnaires humaines
  • l’implantation de neurones humains chez l’animal, qui brouille la frontière homme-animal
  • le peu de questionnement éthique des chercheurs

 

Pour aller plus loin :



[1] Laboratoire de neurophysiologie de l’ULB et du Neuro-Electronics Research Flanders de la KULeuven, sous la direction des professeurs Vanderhaeghen et Bonin

[2] Membres de l’initiative citoyenne « stop vivisection » (cf. La Commission européenne rejette l’initiative citoyenne « stop vivisection »), aujourd’hui ASBL Suppression des Expériences sur l’Animal.

 


Sources: 

Le Soir, Solange T’Kint, (25.11.2019) ; 7SUR7 (22.11.19) ; RTBF, Lucie Dendooven et André Menache (21.11.2019) ; Metro (21.11.2019)