DPI : « La France avance à petits pas vers l’univers de Gattaca »



Le journaliste Jean Yves Nau s’interroge sur l’élargissement des indications du DPI annoncé au Congrès de la Société française de médecine prédictive et personnalisée (cf. Gènéthique du 17 juin 2015).

 

Il s’agit d’une « exception » aux indications du DPI : « N’implanter dans l’utérus de la future mère que le (ou les) embryons(s) indemnes de la mutation BRCA1[1]. Les embryons porteurs de la mutation seront quant à eux détruits – ou si le couple est consentant, utilisés à des fins de recherche. »

 

L’autorisation donnée à une femme porteuse de cette mutation de pratiquer un DPI « ‘reste une exception’ assurent ceux qui l’ont prise. Qu’en savent-ils ? Cette activité augmente. En 2012, 566 demandes de DPI ont été acceptées, sur 729 examinées.» Le philosophe Pierre Le Coz, ancien membre du CCNE reconnait que « la nouvelle peut jeter un trouble, laissant craindre à certains des dérives ».

 

Ainsi Jean Yves Nau s’interroge sur la capacité du cadre législatif et de la déontologie médicale à « résister à la ‘tentation du fœtus parfait’, dans un monde ou règne un ‘idéal de performance’ » : La pratique du DPI « qui impose à des couples fertiles d’avoir recours aux techniques de PMA, connaît de rapides développements plus ou moins encadrés par l’Agence de Biomédecine ». La loi de bioéthique ne contient pas de « liste » de maladies susceptibles de donner lieu à un DPI, afin de « ne pas stigmatiser les personnes atteintes de ces pathologies, mais aussi tenir compte de l’évolution des connaissances dans le champ de la génétique ». Ce sont alors les Centres Pluridisciplinaires de Diagnostic Prénatal (CPDPN) qui tranchent. « Or on observe des différences notables selon les centres, ce qui ne manque pas d’interroger. »

 

Lors de ce même congrès, la « création de la première association française consacrée aux personnes concernées par les mutations BRCA » a été annoncée. Pour Jean Yves Nau, « comme prévu, la France avance, à petit pas, vers l’univers de Gattaca ».

 

 

[1] Mutation prédisposant aux cancers du sein et de l’ovaire

 


Sources: 

Jean Yves Nau (19/06/2015 ; 20/06/2015)