En Argentine, la Chambre des députés engage un projet de loi ambitieux sur l'avortement dans un contexte délétère


Après une session de 22 heures et un débat de près de 4 mois, en Argentine, la Chambre des députés a voté en faveur d’un projet de loi de grande ampleur, aux contours méconnus, qui doit autoriser l’avortement.

 

Un projet de loi large

 

Par 129 votes pour, 125 contre et une abstention, le texte a obtenu l'approbation de la chambre au matin du 14 juin. Présenté par les médias comme l’ouverture à un avortement légal, sûr et gratuit jusqu’à la quatorzième semaine, le texte de loi est en réalité bien plus ambitieux. Certes, il doit permettre l’avortement sans justification jusqu’à la quatorzième semaine, mais aussi, et sans aucun délai, l’avortement en cas de grossesse issue d’un viol, de maladie grave du fœtus ne permettant pas la vie extra-utérine ou en cas de risque pour la santé de la mère. Le terme « santé » étant entendu en son sens le plus large : santé économique, sociale, psychologique, etc… L’avortement pour les mineures à partir de 16 ans, sans autorisation des parents, sera aussi rendu possible. La loi punit d’une peine de prison les institutions médicales qui refuseraient de pratiquer des avortements ainsi que les médecins qui s’abstiendraient de les pratiquer dans les cas obligatoires prévus par la loi.

 

La méconnaissance du projet et de toutes ses possibles conséquences s’est particulièrement révélé lors du travail en commissions : un médecin a été interrogé sur la procédure pour un avortement tardif, prévu par la loi, susceptible d’intervenir au 9ème mois de grossesse. Le médecin a répondu : « Je ne crois pas que la loi le prévoit… Si c’était le cas, je m’y opposerais ». De plus, le projet de loi promeut un avortement « gratuit », une clause qui n’a jamais été débattu par la commission finance du Congrès. Aucun budget n’a été dégagé pour la mise en place de cette mesure rendant extrêmement difficile l’application effective de la loi, dans un pays où le système public de santé souffre déjà d’un manque considérable de moyens, n’arrivant pas à assurer un service satisfaisant, ni des conditions de travail correctes aux professionnels de la santé.

 

Le résultat du vote laisse une société divisée et fanatisée. Les derniers jours ont été marqués par beaucoup de violence et de lassitude, ce qui a contribué au rejet assumé d’arguments solides pour des prises de positions à l’emporte-pièce : « Je ne crois pas qu’un avortement c’est tuer un être humain. Mais même si ça l’était, je pense qu’il faut le légaliser » ou encore « La science, je m’en fiche ».

 

Masquer une politique défaillante

 

Le vote a été l’occasion du meilleur et du pire de la politique argentine. Certains députés ont abandonnés la ligne de leur parti politique pour être fidèle à leurs convictions et à leurs valeurs. D’autres, sous la pression politique, ont changé de position quelques minutes avant le vote. La pression du gouvernement a été très forte. En effet, le débat sur l’avortement « est un bon placement » pour le gouvernement, qui récemment a de nouveau contracté le FMI pour un emprunt, et qui tente de détourner l’attention pour cacher l’inflation constante et le chômage croissant. Heureusement pour le président de la République, Mauricio Macri, la coupe du monde de football a commencée quelques minutes après la fin de la session parlementaire. Le gouvernement compte sur un vote négatif du Sénat, pour que le projet puisse de nouveau d’écran servir de fumée l’année prochaine.