En France, Sciences Citoyennes dénonce un débat convenu sur CRISPR


A l’occasion d’un séminaire organisé par l’Académie des Sciences sur « les problèmes éthiques associés à la modification des organismes par la technologie CRISPR-Cas9», l’association Sciences Citoyennes a réagi vivement, dénonçant un débat truqué et une « mascarade ».

 

Sciences citoyennes accuse ce colloque d’être « à l'image de la campagne de communication intense qui accompagne la diffusion de cette technologie depuis plusieurs mois : vanter des applications miraculeuses dans de nombreux domaines et minorer, quand elles ne sont carrément éludées, les questions éthiques, économiques et sociales qui se posent ». Un débat « escamoté » « caricatural », « insuffisant », auquel « les citoyens n’ont rien a gagné, contrairement aux chercheurs impliqués dans la mise au point de cette technologie, et les investisseurs qui ont massivement misé sur celle-ci ».

 

Le discours convenu sur CRISPR consiste à louer ses conséquences « forcément bienfaitrices » : « il est éthique d’utiliser CRISPR-Cas9 chez des animaux domestiques si c’est pour leur rendre les conditions d’élevage intensif plus agréables », « l’utilisation de CRISPR-Cas9 chez l’humain ne laisse entrevoir de problème éthique que si on touche à la descendance humaine (et encore) », « la compétitivité de la France impose de s'engouffrer dans cette course au nom du progrès... ». Les miracles promis avec CRISPR sont identiques à ceux « promis depuis plus de vingt ans avec les organismes génétiquement modifiés (OGM) et thérapies géniques traditionnels ».

 

Mais « à qui vont véritablement bénéficier les résultats de CRISPR-Cas9 ? A la population, aux détenteurs de brevets, aux investisseurs pressés ? Comment penser sereinement un débat qui touche à des questions fondamentales face au martèlement de promesses fantasmagoriques visant à promouvoir une technique dont la performance reste à prouver ? Comment réguler efficacement le génie génétique, domaine qui avance en permanence à coup de marketing scientifique douteux ? », interroge Sciences Citoyennes.

 

L’association remet également en cause l’affirmation selon laquelle « la thérapie génique somatique par cette technologie ne soulève à priori pas d’objection éthique » : « Cette affirmation est surprenante pour au moins deux raisons. Voilà plus de trente ans que de gros investissements ont conduit à la multiplication de travaux dans le domaine de la thérapie génique, sans que les « miracles » promis ne se réalisent concrètement. Ces difficultés sont à relier aux limites du modèle réductionniste de fonctionnement du vivant, entièrement expliqué par la séquence d'ADN (acide désoxyribonucléique), sur lequel repose la thérapie génique. Ce modèle ne sera pas modifié par l’utilisation de CRISPR-Cas9. Or les moyens financiers disponibles pour améliorer la santé ne sont pas infinis. Se demander, au vu des échecs de la thérapie génique, s’il est pertinent de poursuive dans cette voie ou réorienter les financements vers d’autres façons d’améliorer la prévention et la prise en charge des malades (le développement d’un environnement sain, la lutte contre les inégalités sociales de santé, la recherche de nouveaux antibiotiques...) est une question éminemment éthique. Par ailleurs, si elle devait finir par fonctionner, la thérapie génique somatique posera des questions éthiques importantes quant à ses usages. A quelles pathologies pourra-t-elle être appliquée ? A qui profitera un éventuel progrès thérapeutique basé sur des technologies de pointe ? Financièrement parlant, aux détenteurs de brevets. Mais d’un point de vue sanitaire ? Aux seules personnes capables de s’en offrir le recours ? ».

 

Forts de ce constat, Jacques Testart, biologiste et président d’honneur de Sciences Citoyennes, Catherine Bourgain et Christian Vélot, généticiens, membres du bureau de l’association, et l’ensemble de son conseil d’administration « exigent l’organisation d’une « délibération » élargie à toutes les questions éthiques, sociales et économiques qui entourent CRISPR-Cas9 », dans un cadre non défini à l’avance par les scientifiques seuls, au centre duquel devront être présents les citoyens. Cette délibération devrait traiter des questions généralement « évacuées » : « le modèle économique du développement de ces technologies qui repose largement sur le brevetage du vivant, l’usage massif de promesses miraculeuses pour en faire la promotion, et ainsi attirer des financements et gagner l’approbation du public, ou encore l’identité des bénéficiaires réels de ses retombées ».

 

Le communiqué de Sciences citoyennes est disponible en suivant ce lien.