Etats-Unis : Le NIH en passe de financer les travaux sur les chimères ?



Le NIH (National Institute of Health) a lancé le 4 août une consultation au sujet de la recherche sur les chimères, des « embryons animaux hybrides comportant des cellules souches humaines ». Spécialistes et grand public sont invités à donner leur avis jusqu’au 4 septembre. Cette consultation intervient au terme d’un an de réflexion avec des chercheurs, biologistes et « spécialistes du bien être des animaux ».

 

Il y a un an également, le NIH avait placé un moratoire sur ce type de recherches « qui soulèvent une multitude de questions éthiques et scientifiques » (cf. Fabriquer des organes humains dans des porcs ou des moutons, fiction ou réalité ?La production d’organes humains dans des chimèresanimales pose des problèmes médicaux et éthiques). Avec cette consultation, le NIH se propose de lever le moratoire, ce qui ouvrirait la porte au financement public de ce type de travaux[1].

 

Pour Jean-Yves Nau, bien que la consultation reste d’ « apparence démocratique », « on pressent bien que les jeux sont faits ». Pour le NIH, la réflexion a en effet déjà « démontré que bien que créer des modèles chimériques comporte des défis important, il existe un intérêt et un potentiel évident derrière l’idée de produire des modèles animaux avec des tissus humains ou des organes permettant d’étudier le développement humain, les pathologies et les greffes d’organes ».

 

Ce nouveau projet « ne laisse personne indifférent » et oppose deux camps. Certains voient dans l’initiative du NIH « un grand pas dans la bonne direction » car ces travaux « recèlent l’immense potentiel d’aider des millions de personnes ». D’autres, à l’instar de Stuart Newman, chercheur au New York Medical College, « envisagent des scénarios extrêmes » et s’inquiètent de voir l’opinion publique s’habituer petit à petit à des techniques potentiellement dangereuses. « Même si la proposition du NIH n’implique pas pour l’instant de travailler à la création d’animaux dotés de cerveaux humains complets, nous n’avons pas de lois dans ce pays permettant de l’empêcher » rappellent-il.

 

[1] Le communiqué du NIH précise que seraient autorisées « les expériences où des cellules humaines pourraient apporter soit une contribution substantielle soit une modification fonctionnelle substantielle au cerveau de l’animal ».


Sources: 

AFP, Kerry Sheridan (6/08/2016); Jean-Yves Nau (6/08/2016)