Experts en bioéthique auprès des politiques : le jeu de dupes



Dans le journal Governance, repris par BioEdge, Annabelle Littoz-Monet* souligne que si les experts en bioéthique sont censés conseiller les décideurs politiques de manière indépendante afin qu'ils prennent les "bonnes" décisions, elle constate que la réalité est différente. En effet, très souvent, les bureaucrates font appel aux experts en éthique pour arriver à leurs fins lorsqu'ils sont confrontés à telle ou telle controverse comme il en est en matière d'organismes génétiquement modifiés ou de recherche sur les cellules souches embryonnaires : 

"Faire des experts éthiques une nouvelle catégorie aux côtés des experts scientifiques renforce non seulement la technocratie dans les domaines où elle est contestée mais aussi l'autorité des experts et bureaucrates dans le processus d'élaboration des politiques, plutôt que le contrôle démocratique". 

Un exemple flagrant dans ce domaine tient à la controverse qui a eu lieu en 2005 au sujet de la recherche sur l'embryon: alors que nombre de parlemetaires voir d'Etats membres y étaient opposés, "en déplaçant le débat loin des positions éthiques irréconciliables et en se concentrant sur les aspects techniques de la question, l'avis du [Groupe européen d'éthique des sciences et des nouvelles technologies] a conçu un scénario politique pratique... En mettant les experts 'éthiques' au centre du processus d'élaboration des politiques, la Commission européenne est parvenue à technocratiser de nouveau le mode de règlement des conflits en dépit de la flagrante politisation du débat politique". 

* Annabelle Littoz-Monet travaille à l'Institut universitaire des hautes études internationales et du développement à Genève


Sources: 

 Bioedge (Michael Cook) 18/07/2014