Face à Donald Trump, l’Union Européenne s’entête à faire de l’avortement un enjeu majeur


L’union européenne s’accorde pour dénoncer les décisions prises par l’administration Trump au sujet de l’avortement, mais oublie que cette question est en dehors de sa compétence et étouffe les voix qui dénoncent l’IVG.

 

La « politique de Mexico » rétablie par Donald Trump en janvier interdit aux organisations non gouvernementales internationales financées par les Etats-Unis de pratiquer des avortements ou de fournir des informations à ce sujet dans les pays en développement. Rebaptisée « règle du bâillon mondial » au Parlement Européen, cette mesure et ses conséquences ont été débattues en session plénière à Strasbourg mardi dernier, sous la houlette du commissaire européen en charge de l’aide humanitaire, Christos Stylianides.

 

Le commissaire s’est dit « préoccupé »  par les « effets néfastes » de cette décision, qui « pourrait avoir un impact sur les objectifs [européens] de développement dans le monde ». C’est pourquoi il souhaite définir une position commune au sein de l’UE pour contrer cet impact. Selon lui, « les politiques de l’Union européenne sont fondées sur nos priorités et nos valeurs, et pas sur ce que d’autres acteurs dans le monde font ou cessent de faire ». Suivant son raisonnement, faut-il conclure que l’avortement est une valeur européenne ?

 

De nombreux eurodéputés ont partagé son « indignation », et exhorté à l’engagement de fonds européens pour pallier aux futurs manques de financements des organisations concernées. Un amendement au projet de budget de l’UE a notamment été déposé par l’eurodéputé hollandaise Sophia in’t Veld. Selon ces députés le risque serait de voir augmenter la mortalité des femmes du fait d’avortements clandestins. Ils plaident donc au nom de la « santé », de la « sécurité » et même de la « protection de l’enfance ». Une « question de vie ou de mort pour les femmes dans le monde » a déclaré Malin Björk (Suède). Un soutien aux « médecins qui sauvent des vies » en avortant, a-t-on pu entendre dans la bouche du luxembourgeois Charles Goerens. Pendant ce temps, en Afrique, on attend des aides pour que les femmes puissent accoucher sans risque (cf. « She decides » : Objaniju Ekeocha demande à l’occident des accouchements dans risque plutôt que des avortements sans risque). L’incompréhension semble totale.

 

Face à ce déferlement accusant Donald Trump de « haine envers les femmes », quelques députés ont vaillamment tenté de faire entendre leurs arguments. « Pourquoi se plaindre ? », a interrogé Branislav Skripek (Slovaquie), « L’IVG est un génocide (…) avorter c’est tuer un enfant, il ne s’agit ni d’un soin de santé, ni d’un soin de base ». Au nom de son groupe politique (Conservateur et réformateur européen, ECR), il a déclaré « ne pas soutenir la tentative de la Commission de dépenser des millions pour exporter cette cruauté dans les pays en voie de développement ». Beatrix von Storch (Allemagne) a pour sa part rappelé que « l’UE n’a aucune compétence dans ce domaine » et émis l’idée avec Marek Jurek (Pologne) que l’UE devrait plutôt s’ « engouffrer dans la brèche ». Marie-Christine Arnautu, eurodéputé française, a elle aussi tenu une position engagée, déplorant au passage le délit d’entrave à l’IVG créé dans notre pays (cf. Délit d’entrave à l’IVG : l’Assemblée nationale censure la liberté d’expression). En appelant au bon sens de ses collègues, elle a mentionné qu’il « appartenait au gouvernement américain de décider de ses propres critères de financement des ONG ». A l’heure où « près de 50 millions d’avortements sont pratiqués chaque année à travers le monde, la réduction du recours à l’avortement devrait réellement  devenir un objectif de santé publique », a-t-elle ajouté, « ainsi que l’information sur les alternatives ». Marijana Petri (Croatie) a pointé, quant à elle, que la principale ONG en jeu était « le planning familial, basé sur l’avortement ».

 

Malgré ces quelques interventions sensées, le débat a été un long dialogue de sourds, employant un vocabulaire biaisé. L’avortement est désormais un « enjeu humanitaire » pour le Parlement européen, qui « sauve des vies ». Une définition qui n’admet aucune contradiction, aucune remise en cause, fut-elle sur la forme ! Reste à savoir si ces « débats » se cantonneront au stade d’une simple agitation « bien pensante » ou bien si ils se traduiront en actes par des financements. A surveiller.