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Médecin, juriste et philosophe, Bernard-Marie Dupont interroge le sujet de la fin de vie à partir de son expérience. Il rappelle, tout d’abord, les enjeux législatifs, médicaux, moraux de ce sujet complexe et parfois équivoque. Opposé à l’euthanasie, il s’interroge notamment sur le suicide assisté, forme d’euthanasie passive, qui s’appuie sur une demande du patient, une demande que l’auteur n’estime ni libre et ni réellement éclairée. S’appuyant sur une étude de 2 juristes, il montre qu’une législation autorisant le suicide assisté conduirait à confondre liberté individuelle et libertés publiques, à faire du suicide un fait juridique alors qu’il est a-juridique dans notre droit, et introduirait une grave confusion : comment combattre alors la provocation au suicide et même maintenir la notion de non-assistance à personne en danger ? Le conflit des lois devient patent : la mort, selon notre tradition, est un fait juridique incontestable, les partisans de l’euthanasie veulent en faire un acte juridique. Pour l’auteur, elle doit demeurer ce fait juridique, entraînant des effets juridiques.

 

La philosophie du droit va devoir évoluer et faisant primer le droit individuel sur le droit collectif, elle va transformer une société d’obligation en une société de revendication. « Si la tradition juridique opère une séparation entre morale et droit, l’évolution spectaculaire de la biomédecine doit-elle la remettre en cause ? Le droit doit-il porter de nouvelles valeurs et lesquelles ? » (p 85).

 

Deux philosophies du droit s’affrontent désormais : celle, judéo-chrétienne, qui affirme que le corps est la personne (morale), ce que le droit romain reconnaissait déjà : la personne comme esprit et corps, et l’autre qui distingue le corps de la personne. En droit civil, le corps dit la personne, et il en assure le respect. Cependant, la propriété du corps n’entraîne pas sa libre disposition, ce qui le réduirait à un objet. L’euthanasie et le suicide assisté confondent le droit à la propriété et le droit sur soi-même. Pour Bernard-Marie Dupont, la dignité humaine est une question de nature, et non de degré : « La dignité de l’homme n’est pas un droit de l’homme, elle est l’assise du concept des droits de l’homme ». Le droit positif ne permet pas de définir les bornes à poser au droit individuel. La rapide évolution des progrès de la médecine nous contraint à redéfinir bien des notions juridiques et philosophiques qui semblaient aller de soi jusqu’à encore récemment : dans ce livre, l’auteur invite à la réflexion les acteurs décisionnels, sur l’euthanasie certes, mais aussi sur l’ensemble des sujets éthiques posés par l’accélération des progrès de la médecine.

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Editor: 
Ed. François Bourin
Date: 
Dimanche, Mars 6, 2016
Number of page: 
110