Financement des « Droits sexuels et reproductifs » : le milieu féministe français divisé


Un an après le rapport du Haut Conseil à l’égalité femmes hommes (HCEfh) qui dressait un état des lieux sur les financements français consacrés aux « droits des femmes », le Conseil Economique Social et Environnemental (CESE) accueillait le 20 septembre un colloque sur le même thème. Au programme, une table ronde devant un auditoire presqu’exclusivement féminin pour évoquer la « montée en puissance des mouvements conservateurs et la baisse des financements mondiaux pour les droits sexuels et reproductifs », suivie d’une seconde censée présenter « certaines initiatives et le rôle prépondérant que la France doit jouer ». Si l’assemblée semblait conquise en première partie d’après-midi, la discussion est devenue houleuse lorsqu’il s’est agi de parler d’engagements financiers.

 

Danielle Bousquet, présidente du HCEfh, bien connue du milieu féministe, a voulu dresser un bilan alarmant en déclarant que la France s’implique beaucoup moins financièrement que des « pays homologues » (Royaume-Uni ou Finlande) pour les « droits sexuels et reproductifs ». Un constat « préoccupant » selon elle, dans « un contexte mondial hostile ». Pourtant, osera-t-elle dire, financer les droits sexuels et reproductifs, c’est-à-dire l’avortement et la contraception, « c’est sauver des vies ». C’est aussi « économiquement efficace », argumente-t-elle. Sur cette situation, la représentante du Planning Familial, Véronique Séhier, renchérit, et les représentantes du Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP) y donne un écho à plus large échelle : ce fonds est « en déclin » depuis 2014, et notamment depuis le rétablissement par Donald Trump de la « politique de Mexico » (cf. Donald Trump supprime le financement des ONG soutenant l’avortement). La France de son côté, est un « petit contributeur » du FNUAP, avec 750 000 dollars en 2016, face aux  11 millions de dollars versés par le Luxembourg. Enfin, Neil Datta, secrétaire général de l’European Parliamentary Forum on Population and Development présente sa vision des mouvements adverses aux « droits sexuels et reproductifs » : un commentaire élogieux de la pétition Un de Nous, qui a rassemblé 1,7 millions de signatures en Europe, un chiffre que les mouvements féministes ne pourraient atteindre selon lui (cf. L’Initiative Citoyenne Européenne "Un de Nous" entendue devant la Cour européenne de justice).

 

Par la suite, la seconde discussion a mis en exergue les positions divisées au sein du milieu féministe français. Marie-Pierre Rixain, présidente de la Délégation aux droits des femmes de l’Assemblée Nationale, est difficilement venue à bout de son discours convenu. Seul chiffre qu’elle aura annoncé, celui révélé par le président de la République la veille à New York : d’ici 2022 la France consacrera 0,55% de son PIB à l’Aide Publique au Développement, qui comprend les « droits sexuels et reproductifs »[1]. La représentante du ministère des Affaires Etrangères quant à elle, tente d’apaiser les tensions en expliquant que la « parole politique » est complémentaire des engagements financiers. Mais le mal est fait, et le calme ne reviendra pas dans la salle. Marlène Schiappa, censée conclure le colloque, s’excusera et l’après-midi s’achève dans une atmosphère tendue.

 

« Où est l’argent pour les droits sexuels et reproductifs » ? Mais surtout, combien d’argent public la France consacre-t-elle à l’avortement et la contraception ? Ces quelques heures de discussion, réunissant les personnalités les plus à même d’y répondre, n’ont pas apporté de réponse. En outre, l’angle choisi occulte une partie des financements déployés : ceux consacrés à rembourser à 100% les avortements de toutes les femmes françaises assurées sociales.

 

Pour aller plus loin :

 

[1] En 2016, la France a versé 0,7% de son PIB à l’APD, ce qui a représenté 0,38% pour les « droits sexuels et reproductifs ».