FIV à trois parents : une naissance, des incertitudes, mais pas de suivi à long terme



En septembre 2016, le docteur Zhang révélait avoir réalisé une « FIV à trois parents » aux Etats-Unis,  pour un couple jordanien dont la femme était porteuse d’une maladie mitochondriale (cf. (cf.Naissance du premier "bébé à trois parents" : un précédent dangereux et irresponsable). Leur enfant « à trois parents génétiques » est né en avril dernier. Cette annonce a soulevé de nombreuses critiques et mises en garde de la part de scientifiques, pour des raisons médicales et éthiques (cf. Naissance des suites d’une « FIV à trois parents » : réactions).

 

L’équipe de John Zhang vient de publier des détails de l’ « expérience » réalisée, dans la revue Reproductive Biomedicine Online.

 

Les chercheurs du New Hope Fertility Center à New York ont enlevé le noyau de l’ovule d’une donneuse, pour y introduire celui de la mère. Ils ont ensuite fécondé cet ovule modifié avec le sperme du père, avant de l’implanter dans l’utérus de la mère. Cette nouvelle publication apporte des détails sur la méthode utilisée pour transférer les mitochondries, la congélation et la décongélation de l’embryon, l’utilisation d’une impulsion électrique pour introduire le noyau de la mère dans l’ovule de la donneuse. L’étude indique également qu’un certain nombre de mitochondries malades de la mère ont été transférées avec le noyau. Elles pourraient avoir des répercussions sur la santé de l’enfant.

 

Des questions demeurent donc sur la santé de l’enfant à long terme. Le pourcentage de mitochondries affectées pourrait varier selon les tissus et les organes, et pour certains la vérification est impossible (le cœur ou le cerveau). Les scientifiques ne savent pas quelle quantité de mitochondries défectueuses entrainerait des symptômes chez l’homme. Des études chez la souris ont montré que les mélanges de mitochondries peuvent entrainer des troubles neurologiques ou métaboliques.

 

Ces incertitudes demeureront, car les parents de l’enfant ont renoncé à la surveillance à long terme par les chercheurs. Ils refusent tout test supplémentaire, à moins qu’il n’y ait un besoin médical pour l’enfant. L’étude ne précise pas s’ils ont signé un consentement au suivi à long terme, ni s’ils ont reçus assez d’éléments pour évaluer l’importance d’un tel suivi, pour leur enfant, « et pour la science ». Le formulaire présenté en annexe de l’étude décrit la procédure de façon superficielle, sans les informer des risques potentiels de cette méthode. John Zhang déclare que les parents ont reçu « des conseils prudents ».

 

Malgré ces résultats « incomplets » et les critiques de ses confrères, l’équipe de John Zhang poursuivra ses expériences, notamment pour tester la technique sur des ovules de femmes plus âgées, et tenter de les « rajeunir ».

 

Note Gènéthique: Un bébé, 3 ADN, 3 transgressions [infographie]


Sources: 

Nature, Sara Reardon (3/04/2017); Independent (John von Radowitz, Caroline Mortimer) (3/04/2017)