Greffer une main issue de donneur vivant, une fausse bonne idée ?


Phan Van Vuong, un Vietnamien de 31 ans, a perdu sa main gauche et une partie de son avant-bras il y a quatre ans, lors d’un accident du travail. Le 21 janvier dernier, les chirurgiens de l’Hôpital central militaire 108 de Hanoï lui ont greffé une nouvelle main. La particularité de cette greffe est qu’elle provient d’un donneur encore vivant, un Vietnamien qui a dû être amputé du bras suite à une nécrose du coude menaçant sa vie. « Après plusieurs examens poussés, les médecins ont trouvé qu’une partie du membre sectionné (à savoir une partie de l’avant-bras) était encore saine et pouvait être utilisée pour une greffe. Suite à la demande des médecins, le patient, avec l’accord de sa famille, a ainsi décidé de faire don de ce greffon à Pham Van Vuong[1]. »

 

Il s’agit de la première greffe de membre provenant d’un donneur vivant. Ces greffes sont peu nombreuses : 89 dans le monde depuis 1998. Elles ont été essentiellement pratiquées aux Etats-Unis, en Chine et en France, et les membres greffés ont toujours été prélevés sur des donneurs en état de mort cérébrale.

 

Pour les chirurgiens qui ont participé à cette opération longue et délicate, « ce succès ouvre les portes d’un nouveau traitement ». Pourtant, on peut sérieusement s’interroger sur le bien-fondé d’une telle opération, car la vie du patient n’était pas en jeu. Il était même en « rétablissement physique complet ». L’hôpital explique que « la douleur psychologique due à la perte prématurée de son membre l’handicapait (…) au quotidien ». Pourtant, ce type d’intervention longue, huit heures, comporte se des risques chirurgicaux non négligeables et s’accompagnent de l’obligation, pour pallier les risques de rejets de la greffe, de prendre à vie des traitements immunosuppresseurs. Autant de traitements qui augmentent les risques de cancer et rendent les patients plus vulnérables aux maladies. De plus, les chirurgiens de Hanoï reconnaissent eux-mêmes que si « la greffe de membres prélevés sur autrui reste rare, [c’est qu’] il s’agit d’une technique laborieuse qui requiert que les donneurs et récepteurs disposent de similitudes, principalement au niveau du groupe sanguin et du système immunitaire ».

 

« Suite à la demande des médecins, le patient, avec l’accord de sa famille, a ainsi décidé de faire don de ce greffon ». Comment évaluer la qualité de ce consentement ? Communiquer sur cet « exploit médical », n’est-ce pas inciter des patients à faire don de greffons à leur tour ? Comment empêcher que ces dons de membres ne glissent pas peu à peu vers un trafic où les patients les plus pauvres seraient contraints de faire « don » de parties d’eux-mêmes au profit de patients plus riches, prêts à payer ? Sommes-nous « propriétaires » de notre corps, avec la possibilité d’en « donner » des éléments ? Et comment ne pas glisser de la réparation chirurgicale à l’augmentation chirurgicale ? Où se situe la limite entre l’humain réparé et l’humain augmenté ? Autant de questions auxquelles la technique, bien qu’efficace, ne répond pas.

 

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[1] Le Courrier du Vietnam, Huong Linh (24/02/2020).