Greffes d’utérus en France : dès 2019



L’Hôpital Foch de Suresnes confirme que les premières greffes utérines françaises auront lieu dans leurs services en 2019. « Nous avons obtenu toutes les autorisations nécessaires au mois de juin (2018 NDLR). Les donneuses et les receveuses seront des couples mères/filles, comme en Suède. Avec des patientes greffées d’un âge moyen de 36 ans », explique le professeur Jean-Marc Ayoub, chef du centre d'aide médicale à la procréation. « Nous avons obtenu l’autorisation pour 10 greffes. Il faudra ensuite faire des évaluations bénéfices-risques sur chacun des cas. » Les opérations auront lieu sur des femmes nées sans utérus - syndrome de Rokitansky-Küster-Hauser (MKRH) - ou sur des femmes qui ont subi une ablation de l’utérus suite à un cancer. Greffer l’utérus de leur mère devrait limiter le risque d’incompatibilité. « Notre hôpital est le premier de France en matière de greffe pulmonaire. Nous avons aussi une grosse activité de greffe cardiaque. Il paraît tout naturel pour nous de travailler sur ce nouvel organe. »

 

Les équipes françaises sont en étroite collaboration avec les équipes suédoises depuis plusieurs années. « Nous nous assurons simplement que l’endomètre mesure au moins 7 millimètres et que la donneuse n’ait pas souffert d’accouchement prématuré », détaille Mats Brännström, le médecin de Göteborg qui a réalisé la première opération au monde en Suède en 2013.

 

La transplantation utérine nécessite la prise d’immunosuppresseurs pour empêcher le rejet de l’organe greffé. Les médicaments étant toxiques pour les reins, il n’est pas possible de laisser l’utérus plus de cinq ans. « Mais cela a laissé le temps à certaines d'avoir plusieurs grossesses. D'ailleurs, nous avons constaté que l'utérus, une fois retiré, n'est pas abîmé. Dans l'absolu on pourrait même le greffer à une deuxième femme dans la foulée », explique Mats Brännström. La conception doit se faire par fécondation in-vitro.

 

En 2015, le CHU de Limoges a obtenu l’autorisation de réaliser des greffes utérines issues de donneuses décédées, mais aucune opération n’a encore été réalisée. Un projet « bloqué pour des raisons administratives et organisationnelles », explique Tristan Gauthier, chirurgien en gynécologie au CHU de Limoges. La greffe issue de donneuse décédée est plus difficile à mettre en place car l’utérus, prélevé après les organes vitaux, a plus de risques d’avoir déjà été abîmé. De plus, les chirurgiens disposent de très peu de temps pour évaluer sa qualité et la difficulté pour assurer la comptabilité donneuse/receveuse est accrue par l’absence de lien familial.

 

Pour aller plus loin :

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Sources: 

Sciences et Avenir, Coralie Lemke (11/03/2019) - C'est confirmé, une première greffe d'utérus aura lieu en France en 2019

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