[Interview] Laurent Alexandre : Quand l’ « eugénisme de convenance » est à notre portée



« Nous sommes entrés dans le siècle de l'eugénisme » vient de réaffirmer Laurent Alexandre, responsable d'une société de séquençage de l'ADN et adepte du transhumanisme dans une interview pour le blog www.usbek-et-rica.fr.  

 

Le « tournant historique » est l'arrivée de nouveaux tests de sélection prénatale (par détection de l'ensemble du génome et non uniquement par détection de certaines anomalies chromosomiques comme la trisomie 21). Avec le désir grandissant de l’enfant parfait, associé aux prouesses technologiques, Laurent Alexandre prédit la « disparition des tous les embryons présentant des handicaps mentaux » (étape 1). Ensuite, phase « inévitable », l’élimination des maladies « qui tuent les enfants avant l’âge de 15 ans, comme les myopathies graves » (étape 2). Puis, viendra, grâce au choix des « bons » embryons, la disparition des maladies génétiques (étapes 3). Enfin, dernière étape, celle de la modification de l’embryon lui-même, grâce à la thérapie génique (étape 4). Ce sera la dernière étape puisqu’à ce stade « le bébé ne dépendra alors plus des ovules et des spermatozoïdes de papa et maman ».

 

A l’évidence, on se dirige vers un eugénisme intellectuel, qui presse le pas face à la progression de l’intelligence artificielle. « D’ailleurs, la Chine recherche déjà les variants génétiques qui favorisent les QI les plus élevés : le Beijing Genomics Institute s’est lancé dans le séquençage de l’ADN de 2 200 individus porteurs d’un QI au moins égal à 160 ».  Où pourra s’arrêter cette dérive eugénique intellectuelle, qui a déjà commencée, comme le rappelle Laurent Alexandre en évoquant le cas de la trisomie 21 ? « Personne ne peut répondre à cette question aujourd’hui ». D’abord parce que l’Etat est assez mal positionné sur ces sujets, voire « schizophrène », puisque d’un côté l’eugénisme est considéré comme un crime et de l’autre, il le rend lui-même possible par le dépistage prénatal systématique des trisomies. Ensuite, parce qu’aucune prospective en matière de santé n’est menée. Premier résultat de cette carence : « aujourd’hui, jusqu’à douze semaine de grossesse, il n’existe plus aucune limitation à l’avortement. Durant ce laps de temps, on peut décider d’avorter parce que l’enfant n’a pas les yeux bleus sans que la puissance publique ait son mot à dire… ». Laurent Alexandre plaide donc pour la futurologie médicale car d’une manière générale « le corps médical n’est pas du tout adapté pour répondre aux défis soulevés par les NBIC (nanotechnologies, biotechnologies, informatique et sciences cognitives) ». 

 

Note de Gènéthique
Sur le même sujet, Gènéthique vous propose la (re)lecture de l'entretien dans la Revue des deux mondes entre Jacques Testart et Jean-Marie Le Méné "L'humanisme peut-il faire reculer l’eugénisme ?" (2011)

Sources: 

www.usbek-et-rica.fr (blog) 29/09/2014