L’ « embryomobile » : la procréation à l’heure des smartphones


L’Institut Marquès, centre espagnol de fertilité[1], a imaginé et mis au point l’ « embryomobile », une application pour que les futurs parents en parcours de fécondation in vitro suivent « en tout temps, l’évolution de leurs embryons », depuis leur téléphone. Une étape de plus dans la marchandisation de l’embryon humain.

 

Parmi « les technologies les plus avancées et les plus surprenantes » que l’Institut utilise, l’embryomobile laisse sans voix. « Cette application est connectée à l’embryoscope, un incubateur avec caméra intégrée qui reproduit les images des embryons en développement, afin que les parents puissent effectuer un suivi détaillé de l’évolution de leurs embryons. En plus d’être un exemple de transparence extraordinaire, l’utilisation de l’Embryomobile apporte la tranquillité, réduit considérablement l’anxiété et le stress et favorise l’implantation » explique cet Institut. Des affirmations qui seraient confirmées par une étude scientifique démontrant « l’impact positif des émotions sur les résultats des traitements de procréation médicalement assistée », ainsi que le fait que « les femmes qui peuvent suivre le développement de leurs embryons en temps réel, grâce à l’Embryomobile développé par l’Institut Marquès, ont plus de chance de tomber enceintes »[2]. Un fait chiffré à 11%[3]. « L’amélioration de la réceptivité de l’utérus pourrait s’expliquer par le lien émotionnel d’une femme avec ses embryons, si elle peut les voir quotidiennement avant leur implantation », conclut encore l’étude. En outre, « le taux de grossesse augmenterait par rapport au nombre de fois où les femmes observent leurs embryons ». « Notre hypothèse est que la stimulation visuelle répétée des images de leurs embryons induit chez la femme une cascade de réactions qui commencent dans le cerveau et qui génèrent une connexion émotionnelle avec eux et activent le système immunitaire ainsi que l’hormonal améliorant la réceptivité de son utérus », explique la directrice de l’Institut Marquès.

Une « stimulation visuelle » froide et impersonnelle, qui ne tient compte que de la mère. Une émotion paradoxale, elle ne doit pas trop s’attacher, seul un embryon sera élu.

 

Des milliers de patients utiliseraient d’ores et déjà l’embryomobile : « 43% d’entre eux se connectent plus de cinq fois par jour pour voir leurs embryons ; 27%, entre 2 et 4 fois ; 23%, une fois ». L’Institut Marquès révèle également que « 51% des participantes ont été en mesure de choisir le ‘meilleur embryon’ pour obtenir une grossesse et que, parmi elles, 74% ont ‘correctement choisi l’embryon’ qui serait (éventuellement) transféré ou vitrifié ». Où l’on arrive à des extrêmes effrayant : la mère effectue elle-même le tri embryonnaire, choisit un embryon et délaisse les autres, les envoie à la destruction. La logique de la procréation artificielle est ici aussi à l’œuvre : production en masse d’embryons humains qui meurent pour la plupart d’entre eux. Surproduction et tri.

 

Ce que ne dit pas l’Institut, c’est la somme que doivent débourser les parents pour l’embryomobile. Ni celle que cette application lui rapporte.

 


[1] basé à Barcelone, Londres, en Irlande (Dublin et Clane), en Italie (Rome et Milan) et au Koweït.

[2] Regarder les images des embryons en cours de développement dans l’incubateur augmente jusqu’à 11% le taux de grossesse des patientes ayant subi un cycle de fécondation in vitro. De plus, les taux augmentent proportionnellement au nombre de fois où ils se connectent pour être avec eux.

[3] Regarder les images des embryons en cours de développement dans l’incubateur augmente jusqu’à 11% le taux de grossesse des patientes ayant subi un cycle de fécondation in vitro. De plus, les taux augmentent proportionnellement au nombre de fois où ils se connectent pour être avec eux.