La FDA traque les fournisseurs de pilules abortives en ligne



Aux Etats-Unis, les lois récentes restreignant l’accès à l’avortement ont conduit au développement d’un grand nombre de sites internet qui vendent des pilules abortives en ligne, de provenance douteuse. Mardi, la FDA a envoyé des courriers d’avertissement aux deux principaux acteurs : le site AidAccess.org, et la société Rablon, qui rassemble pas moins de 87 sites web tels que AbortionPillRx.com ou AbortPregnancy.com. La FDA les enjoint de « cesser immédiatement de vendre » leurs pilules et de répondre à la FDA « dans un délai de 15 jours ouvrables, en précisant les mesures prises pour remédier aux violations des réglementations ». Un porte-parole a ajouté que « le non-respect de cette obligation peut entraîner des mesures réglementaires de la part de la FDA, y compris une saisie ou une injonction, sans préavis ».

 

Dans le cadre d’un programme diminution du risque appelé REMS[1], qui s’applique à tous les médicaments d’une dangerosité avérée, les versions légales autorisées de la mifépristone et du misoprostol - les deux molécules nécessaires à un avortement médicamenteux - ne sont délivrées que par des centres de soins agréés, et ne sont disponibles dans aucune pharmacie. « Les prestataires doivent signer un document indiquant qu’ils veilleront à ce que les patients aient accès à un avortement chirurgical ou à des soins d’urgence en cas de problème ». Une démarche impossible à effectuer via un site Internet.

 

Pour contourner cette obligation légale, AidAccess se fournit en Inde, avec des versions de la mifépristone et du misoprostol qui ne sont pas reconnues par la FDA et interdites aux USA. « Les patientes sont examinées lors d'une consultation en ligne sur leur grossesse et leurs antécédents médicaux. Si elles répondent à des critères spécifiques - bonne santé, enceintes de moins de 10 semaines, vivant à moins d'une heure d'un hôpital - Gomperts[2] exécute une ordonnance et l'envoie à une pharmacie en Inde qu'elle connaît et en laquelle elle a confiance. Les pilules sont ensuite envoyées d’Inde au domicile de la femme, moyennant des frais de 95 $ (…). Et les patients peuvent accéder aux instructions et au support en temps réel si nécessaire ».

 

Cette procédure comporte plusieurs risques :

  • Un « risque de falsification ou de dosage inapproprié » des pilules,
  • Un risque de dégradation de certains comprimés,
  • Un risque de délivrer à tort les comprimés à une patiente, faute de vraie consultation. « Un certain nombre de groupes devraient éviter la mifépristone et le misoprostol, y compris celles avec une grossesse extra-utérine (une grossesse qui se développe en dehors de l'utérus, ce qui ne peut être confirmé que par l'imagerie médicale), celles avec un dispositif intra-utérin en place, et celles qui souffrent d'insuffisance surrénalienne chronique ou qui suivent un traitement prolongé aux corticostéroïdes ».

 

« Quiconque achète des médicament à une pharmacie étrangère peut être arrêté, la loi américaine n’autorisant l’importation de médicaments sur ordonnance que dans des cas très limités ». Quant à celles qui achètent leurs pilules abortives via la société Rablon, l’ « Abortion pill pack » qu’elles reçoivent ne contient même pas d’instructions, alors que des complications graves surviennent dans environ 0,5 % des cas.

 

Les groupes pro-avortements ne voient dans le REMS qu’un « obstacle médicalement inutile » visant à empêcher les femmes d’avorter. « Nous avons été très actifs dans la lutte contre les ventes en ligne illégales de médicaments non approuvés, cela ne concerne pas ce produit en particulier. C'est une procédure habituelle pour la FDA », s’est défendue l’Agence.



[1] REMS pour Risk Evaluation and Mitigation Strategies : Approved Risk Evaluation and Mitigation Strategies (REMS).

[2] Rebecca Gomperts, médecin néerlandaise militante qui a créé le site AidAccess.

 


Sources: