La pandémie n'est pas une excuse pour baisser les standards de la recherche scientifique



Des éthiciens s’inquiètent des potentielles dérives de la recherche clinique : « la pandémie n’est pas une excuse pour abaisser les standards de la science », expliquent-ils dans la revue Science. Alex John London, professeur d'éthique et de philosophie, directeur du Centre d'éthique et de politique de Carnegie Mellon[1], et Jonathan Kimmelman, professeur et directeur de l'Unité d'éthique biomédicale de l'Université McGill[2], craignent le gaspillage des ressources et la médiocre qualité des résultats. Ils rappellent que « bien que les crises présentent des défis logistiques et pratiques majeurs, la mission morale de la recherche reste la même : réduire l'incertitude et permettre aux soignants, aux systèmes de santé et aux décideurs politiques de mieux prendre en compte la santé individuelle et publique ».

 

Aussi, il apparait « essentiel de s’assurer que les preuves de l’efficacité des traitements et des vaccins sont fiables, même en temps de crise. C’est un enjeu encore plus important qu’en temps normal, car des décisions cruciales seront prises en conséquence », explique Jonathan Kimmelman. Elles concerneront tant les patients que les systèmes de santé. Il ajoute que pour « trouver des réponses claires le plus vite possible (…) il faut absolument maintenir les standards ». Même dans un contexte d’urgence médicale. Ce qui peut signifier « faire moins d’études, mais les faire de manière plus rigoureuse ». Il est évident que personne ne sort « gagnant si on administre des traitements dangereux ou inefficaces ».

 

Il prend l’exemple de l’hydroxychloroquine qui donnait lieu il y a dix jours à « pas moins d’une quinzaine d’essais cliniques en phase de recrutement pour un total de 75 000 patients en Amérique du Nord ». Un dédoublement énorme et inutile pour l’éthicien qui conseille de « mieux coordonner les efforts et économiser les ressources afin de pouvoir étudier un plus grand nombre d’hypothèses ». Il invite, par exemple, à rejoindre des « protocoles maîtres » qui doivent permette « de tester des traitements multiples dans un cadre statistique commun ». Il rappelle que la mise au point d’un vaccin « prend du temps » et considère que les autorités ont un « rôle clé » à jouer. Elles doivent indiquer aux parties prenantes les étapes de recrutement pour rehausser le profil et l'avancement d'études de grande qualité.

 

Enfin, les experts invitent à prendre avec circonspection les résultats publiés, d’attendre qu’ils aient été confirmées et de se méfier des résultats diffusés en ligne sans contrôle.

 


[1] Pittsburgh en Pennsylvanie, Etats-Unis.

[2] Québec.


Sources: 

Medical Press, Carnegie Mellon University (23/04/2020) - Radio Canada, Robert Streiffer (23/04/2020)