La région Ile-de-France publie les chiffres de l'avortement


Aujourd’hui, les avortements en Ile-de-France représentent un quart des avortements et environ 45% des IVG médicamenteuses pratiquées en France. C’est le constat que présente le rapport de l’Observatoire Régional de Santé de la région qui souligne que « la réduction des inégalités d’accès à l’IVG » est une des « priorités régionales de santé publique ». L’importance de la population jeune de femmes en âge de procréer : 21% de la population nationale, est une des raisons avancées.

 

Sur la Région, pour 1000 femmes, le taux de recours à l’IVG est de 17,4 avec des disparités selon les départements : 13 ‰ dans les Yvelines et 22 ‰ en Seine-Saint-Denis. « Un taux en légère augmentation comparé à l’année précédente et qui reste plus élevé à la moyenne nationale », précise le rapport. La moitié des IVG sont pratiquées chez les 25-34 ans, avec un taux de recours de 26,4‰, un rapport identique chez les 18-24 ans. « 3 % des IVG sont réalisées chez les mineures avec un taux de recours de 7,2 ‰ ».

 

Les chiffres de l’avortement en Ile-de-France

 

Chez les 25-34 ans, les femmes recourent à l’avortement quand « le nombre d’enfants désiré est atteint », tandis que les plus jeunes invoquent « les ambitions de poursuites d’études ou le fait d’être célibataire » comme motif d’interruption de la grossesse. Le rapport estime que la baisse du nombre d’avortements chez les moins de 18 ans pourrait être attribuée à « une meilleure observation des méthodes contraceptives, notamment la contraception d’urgence ou une sexualité plus responsable ».

 

Les femmes avortent plus tôt, de plus en plus souvent avant 9 semaines, mais 5% des IVG sont encore pratiquées après 12 semaines d’aménorrhée. Enfin, sur 3 avortements, deux sont médicamenteux. Une proportion qui a augmenté partout en France. En 2017, il y a eu un peu plus de 52 000 avortements en Ile-de-France.

 

En élargissant aux centres de santé la possibilité d’IVG instrumentales sous anesthésie locale[1], la loi de modernisation du système de santé votée en 2016, a fait évoluer le recours à l’avortement : « l’offre en ville avec de plus en plus des médecins libéraux et des centres de santé et centre d’éducation et de planification familiale pratiquant des IVG. Au total près de 30 % des IVG réalisées par des médecins libéraux et un peu plus de 4 % réalisées en CDS/CPEF », explique le rapport. Parallèlement, le nombre d’établissements hospitaliers réalisant des IVG a diminué : « l’offre hospitalière peut être le reflet du désengagement de certains établissements pour cette activité », est-il expliqué.

 

Le rapport mentionne aussi le projet FRIDA (cf. Les sénateurs s'opposent aux quotas d'IVG et Avortement en Île-de-France : envers et contre tout) qui recommande que l’activité  orthogénique représente une proportion de 20% des accouchements. Un ratio « atteint dans la région », « cependant, en 2017, 12 établissements ont réalisé des accouchements mais aucune IVG (parmi lesquels 8 avaient plus de 500 accouchements dont un établissement public) ».

 

Le rapport mentionne que les sources ne permettent pas d’estimer le nombre d’IVG pratiquées hors du territoire national, « probablement réalisées hors délai légal en France ». L’obsession des politiques de santé publique uniquement focalisées sur la volonté de faciliter l’avortement donne l’impression d’une situation normalisée (cf. Analyse comparée des lois sur l'IVG : vers une prise de conscience au Sénat ? ). Ce qui est loin d’être le cas. A l’heure où la France accuse une baisse sans précédent de sa natalité (cf. En France, nouvelle baisse de la natalité en 2017), mettant en danger le renouvellement des générations, on aimerait de la région mette prioritairement en avant les questions de prévention, qui épargneraient à de nombreuses femmes des souffrances qu’il est aujourd’hui vain de cacher (cf. Arte donne la parole à des femmes qui ont eu recours à l'avortement et L'avortement, droit ou drame ? ).

 

Quid de la Prévention ?

 

De ce point de vue, le rapport explique mener « une politique de prévention et de soutien ambitieuse en matière d’accès à la santé pour les femmes et les jeunes filles et ce sur l’ensemble du territoire francilien en luttant contre les fractures territoriales ». Les mesures concrètes peinent à convaincre, tant elles sont exclusivement focalisées sur « le confort de l’IVG » : « la région aide par exemple les centres IVG dans l’acquisition d’échographes à travers une mobilisation financière permettant un soutien massif, avec près de 80% des dépenses pouvant être prises en charge par la Région. Elle soutient aussi les centres de planification-contraception-IVG et les actions de prévention plus particulièrement destinées aux jeunes franciliens. Enfin, le site ipasscontraception.fr répertorie tous les lieux franciliens ressources en matière de contraception, sexualité et prévention ». Quelles mesures économiques, d’accompagnement des femmes et des familles sont effectivement mises en œuvre (cf. Précarité, situation familiale, contraception... les facteurs de risque de l'avortement ) ? Il est fort dommageable que le texte ne soit pas plus précis sur le sujet d’autant que la Région commence à s'engager auprès des femmes quand elles souhaitent garder leur enfant.

 

Le 16 novembre dernier, Valérie Pécresse, présidente de Région, a inauguré dans le XIe arrondissement l’une des six maisons destinées à accueillir « des jeunes femmes enceintes dans le besoin ». Mise en cause par son propre conseil, elle s’est exprimée le 23 novembre sur ce sujet : « Chaque Francilien est libre de ses choix. (…) Aujourd’hui, ce que la région promeut c’est la liberté de choix de toutes les femmes en Ile-de-France. Mais la liberté de choix, c’est la liberté de choix. C’est la liberté de dire oui ou de dire non, c’est la liberté aussi de garder son enfant si on en a fait le choix ». Elle a invité les membres du Conseil de région à aller voir ces colocations solidaires dont l’une est gérée par l’Association Marthe et Marie. Ces colocations accueillent « des jeunes femmes qui ont décidé que, envers et contre tout, elles garderaient un enfant qu’elles n’étaient pas forcément prêtes à accueillir au départ. (…) Croyez-moi, a ajouté l’élue, c’est pas si facile de faire ce genre de choix, elles doivent être libres de faire ce choix et on doit les soutenir ». Aujourd’hui « la région finance de tels projets à hauteur de 200 000 euros », explique Caroline Carmantrand, présidente de la commission famille, « soit un montant équivalent à celui versé au Planning familial ».

 

Dans le même temps, la Région a ouvert dans ses anciens locaux en instance d’être vendus, boulevard des Invalides dans le 7e arrondissement, 50 places d’urgence « pour des femmes sortant de maternité sans solution de logement ». Pendant toute la trêve hivernale, jusqu’au 31 mars 2019, les femmes ont pu être accueillies dans un centre ouvert 24h/24, logées avec leur enfant, nourries mais surtout aidées à  « trouver les réponses qui leur permettront de résoudre progressivement leurs difficultés et retrouver par ce biais leur autonomie »[1] explique la Région. Au 31 mars, les femmes continueront d’être accompagnées et Valérie Pecresse assure que ce dispositif pilote, « pourra par la suite être dupliqué » dans d’autres bâtiments de la région. Pour l’élue, 2019 doit être l’année du soutien aux femmes en difficulté.

 

Les moyens déployés sont encore très en deçà de ce qui serait nécessaire pour permettre à toutes les femmes de faire un vrai choix. On voudrait que la prévention se décline aussi en terme d’éducation à la responsabilité, et qu’il s’oriente vers des situations moins extrêmes, notamment en terme d’aides, d’accompagnement, de protection, pour que le choix de garder son enfant ne soit plus soumis à des pressions que ce soient celles de la société ou celles de l’entourage, que l’opportunité de garder soit une véritable option face à l’avortement, qui a depuis longtemps atteint ses limites. Il est grand temps d’envisager une alternative au « tout avortement ».