"La société́ peut-elle autoriser le recours à l'euthanasie dépénalisée comme palliatif des carences du système de santé ?"



« Devant la perspective de la maladie grave, nous sommes tous habités par des peurs ». Vingt-trois médecins du groupe Grain de Sel du collège des médecins de la SPAP, ont publié une tribune dans laquelle ils rappellent que « l’euthanasie n’est pas une solution aux souffrances ».

 

Ils rappellent que « les revendications d'euthanasie proviennent pour l'essentiel de personnes en bonne santé ou de certains patients en période d'annonce ou d'aggravation d'une maladie » qui, s’ils persistent, sont « souvent habité́s par le désir ambivalent de ‘vivre encore un peu’, mais autrement ».

Ils constatent que, pour difficiles qu’ils soient, les derniers moments sont riches et « favorisent la continuité de la mémoire de la personne décédée et contribuent à la prévention de deuils pathologiques. Supprimer ces moments serait prendre un risque sociétal, vers un appauvrissement des relations et une plus grande solitude ».

 

Ils dénoncent « la précipitation actuelle à vouloir de nouveau légiférer (3 propositions de loi depuis 2017) » qui leur « semble être le signe d'un emballement passionnel et idéologique qui relève d'une vision de l'homme isolé dans le monde ». Ils s’inquiètent des dérives que ces évolutions législatives ont générées partout où elles ont été introduites et estiment que « demander aujourd'hui la légalisation d'une mort choisie, c'est prendre le risque qu'il ne soit plus possible demain d'exprimer le souhait de vivre encore malgré la maladie et le handicap ».

 

Et ils s’interrogent quant aux difficultés que rencontre les patients à être accompagnés pour leur fin de vie : « La société́ peut-elle autoriser le recours à l'euthanasie dépénalisée comme palliatif des carences du système de santé, au risque qu'elle devienne la solution la plus simple et la moins coûteuse à la complexité́ des situations à traiter? »