Le mosaïcisme dévoile les failles du diagnostic préimplantatoire



En 2015, une lettre publiée dans le New England Journal of Medicine (NEJM) [1] faisait état de bébés nés « en bonne santé », bien que les embryons implantés aient été atteints de mosaïcisme[2]. Et aujourd’hui, une nouvelle étude[3] menée par des chercheurs de l’hôpital universitaire de Gand qualifie le mosaïcisme de « dilemme diagnostique et clinique perpétuel » pour les parcours de PMA recourant au diagnostic préimplantatoire (DPI), et ce, bien que les tests soient « encore plus sensibles ». Pour les auteurs de cette étude, « la présence de mosaïcisme peut potentiellement conduire à une classification incorrecte, sapant la stratégie principale d'amélioration de la sélection des embryons ». En effet, les cellules biopsiées en vue d’un DPI sont considérées « représentatives de l'embryon entier », alors que « les études suggèrent que la distribution des cellules anormales (…) n'est pas toujours uniforme et ne peut donc pas refléter la véritable constitution chromosomique du blastocyste ».

 

Dans l’étude STAR récemment publiée[4] qui évalue le DPI-A[5] réalisé avec un séquençage nouvelle génération (NGS), le mosaïcisme est observé « dans 17 % de tous les blastocystes analysés ». Et certains blastocystes « mosaïques » « pourraient bien s'implanter et se développer », comme l’a montré la lettre de NEJM. Le mécanisme : une « "autocorrection" [qui] s'explique notamment par l'apoptose[6] naturelle des cellules anormales ». Selon les évaluateurs de l’étude des chercheurs belges, il se « pourrait » que le mosaïcisme « soit une caractéristique normale du développement embryonnaire précoce ». Par ailleurs, les données disponibles issues de « plus de 500 études sur le mosaïcisme » indiquent que les enfants nés après l’implantation d’un embryon « mosaïque » présentent des caryotypes normaux. Une seule naissance d’un enfant atteint de mosaïcisme a été recensée[7]. En Turquie, une patiente de 39 ans a donné naissance à une petite fille en bonne santé, « avec 2% de mosaïque de monosomie[8] 2 dans son caryotype ».

 

Ces données interrogent les chercheurs qui préconisent donc de classer les embryons « mosaïques » dans une 3e catégorie, distincte des embryons euploïdes et aneuploïdes.

 


[1] Greco E, Minasi MG, Fiorentino F. Healthy babies after intrauterine transfer of mosaic aneuploid blastocysts, N Engl J Med 2015; 373: 2089-2090. doi: 10.1056/NEJMc1500421.

[2] Coexistence de cellules avec des génotypes différents au sein d’un individu ou d’un organisme

[3] Popovic M, Dhaenens L, Boel A, et al. Chromosomal mosaicism in human blastocysts: the ultimate diagnostic dilemma. Hum Reprod Update 2020; doi:10.1093/humupd/dmz050

[4] Munné S, Kaplan B, Frattarelli JL, et al. Preimplantation genetic testing for aneuploidy versus morphology as selection criteria for single frozen-thawed embryo transfer in good prognosis patients: a multicenter randomized clinical trial. Fertil Steril 2019a; 112: 1071–1079.e7.
doi: 10.1016/j.fertnstert.2019.07.1346.

[5] Diagnostic préimplantatoire réalisé dans le but de détecter les aneuploïdies, autrement dit un nombre anormal de chromosomes

[6] L'apoptose est le processus par lequel des cellules déclenchent leur auto-destruction en réponse à un signal.

[7] Kahraman S, Centinkaya M, Yuksel B, et al. The birth of a baby with mosaicism resulting from a known mosaic embryo transfer: a case report. Hum Reprod 2020; 35: 727-733. doi:10.1093/humrep/dez309

[8] Caryotype présentant un nombre de chromosomes réduit de un par rapport au nombre normal pour l’espèce

 


Sources: 

ESHRE (22/04/2020)