L'efficacité de la « FIV à trois parents » contestée par des chercheurs américains



Dans une étude publiée la revue Cell Stem Cell, des scientifiques de la Fondation de New York sur les cellules souches contestent la sécurité de la « FIV à trois parents », technique de thérapie génique autorisée en Grande Bretagne en 2015 (cf. Londres vote la FIV à 3 parents).

 

Cette technique consiste à créer des embryons à partir de trois ADN (celui du père, de la mère et d'une donneuse d'ovocyte), pour éviter la transmission de maladies génétiques portées par l'ADN mitochondrial de la mère. La mitochondrie défectueuse est retirée de l'ovule de la mère, et remplacée par une mitochondrie saine provenant des gamètes d'une autre femme. Cette technique a déjà suscité la critique de plusieurs scientifiques (cf. Levée de voile sur la FIV à trois parents, FIV à trois parents : « Nous n’avons aucun recul », Royaume Uni : 45 députés contre la FIV "à trois parents").

 

Les chercheurs américains ont ici trouvé des failles dans l’ « efficacité » de la technique. Les procédures actuelles ne peuvent pas éviter le transfert d’un petit nombre de mitochondries de la mère dans l'ovule d'une donneuse. Ce petit nombre de mitochondries défectueuses (2% au total des mitochondries de l’embryon) ne devrait pas provoquer de problèmes de santé. Mais les chercheurs craignent que la proportion de mitochondries défectueuses n’augmente à mesure que l’embryon se développe, ce qu’ils ont démontré par leur étude sur des cellules souches embryonnaires[1]. Ils n’ont pour le moment pas su expliquer ce phénomène.

 

« Nous avons besoin d’une approche plus robuste pour nous assurer que les enfants nés de cette technique n’hériteront pas de l’ADN affecté » a déclaré le professeur Justin Saint John de l’Université de Monash en Australie. D’ici là, les chercheurs recommandent de ne pas utiliser cette technique.

 

Leur résultat ont été contesté par certains biologistes de la reproduction britanniques, expliquant que « les mitochondries se comportent très différemment dans les cellules souches embryonnaires».

 

Un porte-parole de la HFEA[2] a déclaré que l'agence était en attente d'autres expériences sur l'innocuité et l'efficacité du remplacement mitochondrial avant d'approuver « le premier remplacement mitochondrial au monde chez l’homme ».

 

[1] L’équipe américaine a par ailleurs utilisé pour son étude la parthénogenèse, souhaitant écarter tout rôle d’ADN paternel.

[2] Human Fertilisation & Embryology Authority.


Sources: 

Nature, Ewen Callaway (19/05/2016); The Telegraph, Henry Bodkin (19/05/2016)