Levée de l'anonymat : les donneurs de gamètes ne sont pas d'accord


L’article 3 du projet de loi de bioéthique propose de mettre fin à l’anonymat des donneurs de gamètes, permettant aux enfants nés d’un don, après le vote de la loi, d’accéder à leurs données non identifiantes ou, si le donneur y consent, à ses données identifiantes. Actuellement, il est prévu que rien ne change pour enfants nés d’un don avant le vote de la loi.

Cependant, les résultats d’une étude, menée entre 2016 et 2018 en France auprès des futurs donneurs de gamètes sur cette question, montrent que plus de « neuf donneurs sur dix, qu’ils soient hommes ou femmes, parents ou pas, sont favorables au maintien de l’anonymat ». C’est ce que révèle le journal 20 minutes[1].

 

L’université Paul-Sabatier de Toulouse a interrogé 20 CECOS, soit 1021 candidats au don de sperme ou d’ovocytes, qui, de façon quasi unanime, souhaitent garder l’anonymat. Par ailleurs, 90% d’entre eux, « qu’ils aient procréé ou pas » considèrent la gratuité comme « le meilleur mode pour un don ». Pour le Pr Louis Bujan, chef du pôle Femme Mère Couple à l’hôpital Paule-de-Viguier : « De manière objective, ce qui ressort, c’est que la moitié ne donnera plus ». Les donneurs ayant déjà une famille se trouvant « moins enthousiastes à l’idée que quelqu’un puisse les contacter 18 ans après son don ». Et il s’interroge : « Est-ce qu’il y aura d’autres profils de donneurs ? ».

 

A l’heure de la PMA pour toutes, alors que le stock de gamètes masculins est insuffisant pour satisfaire les couples hétérosexuels, la situation ne devrait pas s’améliorer. Il est souvent question de nouveaux profils de donneurs et l’expérience anglaise montre qu’après la levée de l’anonymat, les donneurs se sont faits plus rares avant que d’autres ne prennent le relai. Cependant, « si en France le don est gratuit, Outre-Manche, il est indemnisé », comme le précise le journal.

 

Comment ne pas raisonnablement penser que la levée de l’anonymat et l’ouverture de la PMA aux femmes seules ou en couple vont conduire à une accentuer une pénurie de gamètes déjà installée ? Si le gouvernement souhaite vraiment permettre aux couples stériles et aux femmes d’accéder à la procréation assistée, il faudra soit importer du sperme provenant de donneurs rémunérés dans d’autres pays, soit abroger un des piliers des lois françaises de bioéthique qui consiste en la gratuité du don, remettant en cause le principe d’indisponibilité du corps humain. Un pas de plus vers l’industrialisation de la procréation.