Levée de voile sur la FIV à trois parents



En février dernier, le gouvernement britannique a approuvé la "FIV à trois parents" (cf. Gènéthique du 4 février 2015). Cette technique consiste à créer des embryons à partir de 3 ADN (celui du père, de la mère et d'une donneuse d'ovocyte), pour éviter la transmission de maladies génétiques portées par l'ADN mitochondrial de la mère. La mitochondrie défectueuse est retirée de l'ovule de la mère, et remplacée par une mitochondrie saine provenant des gamètes d'une autre femme. Cette "avancée médicale" a provoqué des remous chez les scientifiques spécialistes de la reproduction (cf. Gènéthique du 3 février 2015 et 6 février 2015), et continue de susciter le débat : un article publié dans Nature cette semaine dévoile "les risques cachés des bébés à trois parents".

 

Des recherches menées dans les années 1990 par des chercheurs français ont montré qu’un échange de mitochondries entre souris avait pour effet d’altérer leur comportement ainsi que l’anatomie de leur cerveau. Jusqu’alors les mitochondries étaient perçues comme n’ayant pas d’effet biologique. Or, après ces découvertes, d’autres chercheurs ont découvert que les mitochondries n’étaient pas seulement porteuses d’énergie, mais qu’elles étaient aussi liées à des maladies neurologiques, à des cancers et à la vieillesse. La mitochondrie n’est donc plus un génome « insignifiant ».

 

La généralisation de la "FIV à trois parents" divise les scientifiques. Pour beaucoup, on ne sait pas encore comment le génome du bébé sera modifié et comment il évoluera à terme. Aussi, aller plus loin reviendrait à « faire planer un risque lié à l’expérimentation sur les familles ». Mais pour d’autres, légaliser et généraliser cette technique « peut valoir la peine pour des femmes qui veulent éviter de transmettre à leurs enfants des maladies graves et rares ».  Pour Doug Turnbull, directeur du groupe de recherche de l’Université de Newcastle, « le don de mitochondrie ne peut être réalisé que pour empêcher toute transmission de maladie grave liée aux mitochondries ; il n’y aucune raison de penser que ce serait utile pour autre chose ».

 

Les chercheurs des deux camps s’accordent cependant à dire « qu’il n’y a aucun moyen de prédire avec certitude ce qui arrivera à long terme pour les enfants nés suite à un échange de mitochondries ».


Sources: 

Nature (23/09/2015) Garry Hamilton